
aux Abyssins peu de respect pour un pareil serment
; aussi ne se font-ils pas faute d’y manquer
j ournellement.
Le chef du clergé abyssin se nomme aboune.
Les Ethiopiens ne peuvent l’élire parmi les gens
de leur nation ; ils sont obligés de le faire venir
du Caire ou de toute autre part, pourvu qu’il soit
blanc. La coutume est de le demander au patriarche
d’Alexandrie , qui l’accorde moyennant
une somme de 5000 thalers. Cette somme ne
laisse pas que d’être considérable en Abyssinie ;
aussi les ambassadeurs chargés du soin de ramener
l’aboune reçoivent-ils, avant leur départ, l’ordre
de prendre un homme jeune et bien portant.
Arrivé dans le pays, il est surveillé comme une
propriété précieuse, qu’on craint à tout moment
de voir disparaître. Quand sa conduite ne satisfait
point les chefs du pays, il n’est pas rare qu’ils le
déposent dans une île du grand lac Tsana; ou
mieux même , qu’ils l’empoisonnent, à l’exemple
du dernier évêque, abouna Kerilos, qui avait
porté un oeil trop curieux dans les affaires politiques.
On le voit, de bien tristes privilèges sont attachés
à cette qualité épiscopale ; aussi les abounes
d’Abyssinie ne se recrutent-ils que dans la classe
inférieure du clergé , parmi de pauvres diables
que tente l’espoir incertain de faire fortune, et de
s’évader, une fois enrichis. Peut-être doivent-ils
à ces velléités , qui n’échappent pas à la sagacité
des Éthiopiens, la continuelle surveillance dont
ils sont l’objet, et qui les empêche presque de
sortir de leur palais : leurs domestiques sont tout
autant d’espions qui préviennent le ras de la
moindre de leurs démarches.
Les fonctions de l’aboune consistent à ordonner
les prêtres, les diacres, et à bénir les autels, ainsi
que le peuple.
L’ordination d’un prêtre lui rapporte............................. 2 sels Otr- 20c-
Celle d’un d ia c re 1 sel 0 10
La bénédiction d ’un autel. . . ___ •.................................... 4 sels 0 40
Celle d ’un homme du peuple.......................................... 1 sel 0 10
Pour les grands, il s’en rapporte à leur générosité;
et ceux-ci cherchent toujours à payer une
bénédiction par un cadeau qui fasse honneur à
leur rang : les uns donnent une vache, d’autres
du grain, quelques-uns du miel.
Outre ces bénéfices, l’aboune a des revenus
considérables dans l’Amarah et le Tigré ; plusieurs
fiefs lui sont assignés dans ces deux pays,
et comme il fait vendre le grain, le miel et les
toiles qu’il en retire , n’entretenant d’ailleurs
dans sa maison qu’un petit nombre de serviteurs,
il peut amasser environ 30 000 francs par an. Il
a soin d’en faire passer, au fur et à mesure, la
plus forte partie en Egypte.