
cupé des ruines magnifiques dont les dessins l’ont fait
si souvent rêver?
Aux approches des villages, on voit aller et venir,
la cruche sur la tê te , d’accortes jeunes fijles au
jupon bleu, recouvertes de la melaya, espèce de voile
de la même couleur, effleurant à peine cette terre glissante
et limoneuse qui offrirait difficilement un point
d’appui à d’autres pieds que les leurs; puis ce sont
force mendiants qui se disputent, des colporteurs venant
offrir des fruits aux barques qui, à chaque instant,
accostent la terre pgur renouveler leurs provisions ;
enfin, sur les rives mêmes, de gros buffles s’arrêtant à
regarder passer une barque d’un air tranquillement
surpris. Et cependant, le chaud soleil d’Égypte dore
cette grossière misère d’un reflet des plus poétiques.
Vus de loin, tous ces vulgaires détails s’encadrent merveilleusement
dans une nature splendide, et rendent
en quelque sorte l’esprit et la vue heureux de leur
naïveté.
Nous débarquâmes à Choubra, près de la maison
de plaisance du pacha. J’allai retenir un logement, et
bientôt après nous pûmes y transporter nos bagages,
moyennant un teskery ou laissez-passer du consul,
qui nous évita la visite de la douane. Notre maison,
favorablement placée pour nous procurer des renseignements,
était voisine du consulat d’Angleterre, dans
le quartier franc ; mais nous dûmes la quitter pour
une autre plus à portée du couvent copte, résidence
ordinaire des Abyssins qui passent au Caire en se rendant
aux saints lieux. Celle-ci avait encore l’avantage
de dominer un horizon très-vaste, ce qui me permit de
placer mes instruments de météorologie dans une position
favorable aux expériences.
Nous allâmes visiter les établissements d’instruction
médicale fondés par Clot, et dans le nombre une école
de sages-femmes. Je dus à la qualité de mes compagnons
de voyage, qui étaient docteurs-médecins, la faveur
d’assister à un de leurs examens. M. Clot interrogea
devant mes collègues une jeune Abyssine qui les
étonna par la précision de ses réponses. Je pus moi-
même m’assurer, par quelques questions moins techniques,
de la supériorité de son intelligence.
M. Dillon n’arriva au Caire que vingt jours après.
Sa barque avait coulé au milieu du Nil, et c’est à grand’-
peine qu’il avait sauvé du naufrage une quantité considérable
de papier botanique qu’il fallut faire sécher,
en l’étendant par toute la maison. Cette circonstance
nous fit rester quelques jours de plus au Caire, et
nous eûmes ainsi le temps de faire quelques observations
météorologiques.
Nous avions fait la connaissance d’un vieux prêtre
copte, qui avait séjourné pendant six ans en Abyssinie,
comme secrétaire de l’évêque Kérilos ; il nous donnait
des leçons de langue amarah. Quelques jours
avant notre départ, il nous amena un jeune Abyssin qui
nous exprima le désir de retourner avec nous dans sa
patrie. Ce jeune homme, qui paraissait fort intelligent,
parlait passablement l’arabe, et pouvait nous servir
d’interprète; ce fut donc avec plaisir que nous acceptâmes
sa proposition.