
passer la nuit, et qu’alors nous réfléchirions, d’après
la manière dont nous serions traités, sur la question
de savoir s il y avait lieu de lui donner un cadeau,
enveloppant ainsi notre concession de toutes les restrictions
propres à dissimuler notre véritable inquiétude.
Sur-le-champ il envoya l’ordre de nous laisser
choisir une maison à notre convenance, et nous fit
porter à souper; il pensait ainsi pouvoir mieux nous
surveiller, mais nous considérions que la défense serait
plus facile en cas d’attaque. A peine étions-nous
installés que mon envoyé auprès du choum de Gondet
revint avec un de ses principaux cavaliers, lequel
avait mission d’engager Ato Fesaye à nous traiter suivant
les lois de 1 hospitalité, et à ne rien exiger de nous.
Nous ne sûmes pas tout de suite quel avait été l’effet
de cette pacifique exhortation sur notre hôte, car
il ne vint pas dans la soirée ; mais il arriva le lendemain
ma tin , protestant du vif désir qu’il avait
d être notre ami. Nous répondîmes par une parfaite
réciprocité, et nous ajoutâmes que s’il voulait
hien nous faire l’honneur de venir à notre demeure,
nous ne manquerions pas de lui faire un cadeau.
Il insista pour que nous lui laissions un souvenir,
quelque léger qu’il fût. Nous refusâmes net et fîmes
charger les mules pour partir; mais il n’était pas d’humeur
à lâcher prise, et vint encore une fois accompagné
d’une troupe pour s’opposer à notre départ. Il n’y
avait pas moyen de l’éviter : je lui fis donner immédiatement
un fusil, mais j ’eus soin de dire à l’écart au
cavalier d Ato Akilas que j ’avais destiné cette arme à
son maître. Nous nous mîmes en route. Je savais bien
que mon cadeau ne tarderait pas à brûler les mains de
notre hôte. En effet, à peine descendus du plateau,
étions-nous engagés dans les vallées qui conduisent à
Gondet, que nous vîmes accourir un de ses serviteurs,
qui arriva auprès de nous tout essouflé ; il nous rapportait
notre fusil, disant que son maître avait réfléchi, et
qu’il préférait notre amitié seule à un cadeau qui
n’était pas fait de bonne grâce ; qu’il ne doutait pas
que nous apprécierions sa conduite, et qu’une fois
arrivés à notre destination, nous récompenserions dignement
l’hospitalité dont il nous avait gratifiés. Nous
donnâmes à ce domestique une tabatière et un rasoir
pour lui, et le chargeâmes de dire à Ato Fesaye que
s’il voulait venir nous voir, il trouverait chez nous une
hospitalité égale à la sienne.
En arrivant chez Ato Akilas, nous y trouvâmes tout
le monde grandement occupé des apprêts d’une noce :
le choum mariait sa fille au fils d’Ato Ouelda Raphaël,
choum de Béeza. A chaque instant, nous voyions circuler
des serviteurs pliant sous le poids d’énormes
jarres d’hydromel et de bière; puis, de tous côtés,
c’étaient des vassaux qui venaient apporter leurs présents
à la fiancée et contribuer à l’éclat de la fête, tel
par une vache, tel autre par du miel, un troisième par
du grain, etc. Déjà les hangars étaient élevés, les tables
dressées, et la foule des convives accourus de tous les
villages à la ronde, se préparaient par des danses qui
devaient durer une grande partie de la nuit, au festin
du lendemain. En conséquence de ces préparatifs,