
préparatifs. Après avoir pourvu au transport de mes
instruments, je me mis en route sur les deux heures de
l'après-midi, et je rejoignis sur la montagne de Kidona-
Meret le gouverneur et son escorte. J'avais traversé,
pour y arriver, une belle prairie entretenue par les
sources de la rivière Assem, dont le lit ne devient
continu que lorsqu’elle est parvenue à la hauteur des
premiers villages situés au nord d’Adoua, villages
que 1 on peut considérer comme des faubourgs. Cette
prairie appartient à la ville; son revenu est ordinairement
partagé entre quelques-uns des principaux
habitants et soldats d’Oubié. Chaque mule ou chaque
vache que 1 on y fait paître paie un droit de vingt-
cinq sous par mois. Le nombre des animaux qui y
paissent peut être estimé à un millier à peu près : ce qui
donnerait, on le voit, un assez joli revenu, n’étaient
les privilèges nombreux de libre pâture accordés aux
propriétaires de vaches et de mules.
En sortant de cette prairie, on monte sur un plateau
couronné par plusieurs pics élevés , au nombre
desquels se trouve celui de Kidona-Meret. Pour se
faire une idée du pays, il faut comparer ce plateau à
une de ces mers, au milieu desquelles s’élève m archipel
volcanique, parsemé cà et là de pics abrupts,
à sommets dépouillés de végétation, ou parfois de
pâtés arrondis.
Devant nous, dans la direction de l’est, était le
Semayata, reconnaissable à la coupure qui fend son
sommet, le plus haut de tous ceux du Tigré. Les décompositions
de terrains se sont accumulées à sa base
et ont formé un dépôt d’une grande fertilité; aussi
les villages y sont-ils très-nombreux.
C’est après avoir fait le tour de cette montagne que
nous vîmes à nos pieds le vallon d’Assaye, où se déploie
une magnifique prairie qui est la richesse du
district. Pour y descendre, il nous fallut enjamber de
gros blocs de roches, car il n’existait aucun chemin
frayé. Ato Ouessan commandait ce district; sa maison
était située sur l’une des collines qui bordent
le vallon; son aspect me rappela celui de la chaumière
que l’on a construite au Jardin des Plantes pour
les moutons d’Abyssinie. En y entrant, je vis une
foule de serviteurs qui venaient se prosterner devant
le maître ; un instant après, on nous donna une vache
pour notre souper. A la vache succédèrent plusieurs
corbeilles de pain de différentes, qualités : les
uns, de froment, ressemblent au pain des Européens;
les autres, faits avec la farine du thef, ont une forme
analogue à celle des galettes de Bretagne; enfin, plusieurs
sont composés de farine d’orge : ces derniers
sont a l’usage des gens d’un rang tout à fait inférieur.
L’hydromel et la bière vinrent ensuite, puis on apporta,
pour moi spécialement, du miel et quelques
jattes de lait; ceci était une attention de l’Oizoro Sem-
rette, qui savait que je n’étais pas encore habitué à
l’hydromel ; elle y ajouta une fricassée de poulet qu’elle
se chargea de me faire manger sans fourchette, en me
préparant les bouchées de ses jolis doigts. Cependant
je commençais à me faire aux mets abyssins, quoique
le poivre rouge, qui est le fond de toutes les sauces,