
n’avait certes pas produit un grand effet. J’échangeai
quelques médicaments contre du pain , du lait aigre et
des poules maigres.
Deuxième jo u rn é e . — Le dernier village qu on rencontre
sur le bord du plateau, avant de descendre dans
le ravin de Feurfeura, est Thaye-Moqka. C est là que
nous avions naturellement fixé le terme de notre
seconde étape.
Pour y arriver, nous prîmes directement dans le
sud-ouest en dirigeant notre marche vers une colline
qu’on aperçoit en sortant de Choumichète, et que nous
atteignîmes au bout d’une heure. Le village qui la
couronne offre le triste et misérable spectacle d un'
amas de ruines, dont quelques-unes portent d irrécusables
vestiges d’antiquité. Mais le voyageur qui
parcourt l'Abyssinie se familiarise bientôt avec la vue
des décombres.
Après avoir contourné cette colline, on relève à trois
lieues de distance, par 260°, le Siouée où passe la route
pour arriver à Thaye-Moqka, et Io n traverse le
Maye-Tchoû. Cette rivière, l’une des principales du
Tigré, est, comme tous les grands cours d’eau d’Abyssinie,
profondément encaissée. Son lit est à plus de
300 mètres au-dessous du plateau. 11 coule vers l’ouest
et tombe dans le Taccazé. Sa largeur moyenne est de
3 à 4 mètres; mais sa profondeur, qui, à l’endroit où
nous nous trouvions, était de 1 mètre à 2 mètres, est
très-variable, soit à l’époque des pluies, soit à cause
des roches nombreuses qui, formant à pic des chutes
d’eau considérables, rendent la navigation impossible.
Toutes les autres rivières de l’Abyssinie, à l’exception
de la rivière Aouache, se trouvent dans le
même cas; ce qui n’est pas dans ce pays un des
moindres obstacles à la facilité des communications
et du commerce.
Sur les bords de la rivière, des poules d’eau,
des tourterelles, des pigeons gris à colliers, des
bengalis bleus et rouges, des fauvettes à gorge
bleue, voltigeaient familièrement sous les mimoses et
semblaient nous provoquer. Malgré la vivacité de ces
avances, nous passâmes outre et, arrivés sur le sommet
de la montagne qui borde la rivière, nous vîmes
une nouvelle et magnifique face du panorama que
nous avions eu sous les yeux au sommet du plateau
rouge.
J’avais résolu de ne mêler à cet itinéraire géographique
aucune observation de botanique ou de zoologie.
Mais la plaine de Thaye-Moqka, exposée au
sud-ouest, et dans laquelle nous entrons maintenant,
présente un caractère trop remarquable pour qu’il me
soit permis de le passer sous silence. Imagine-toi une
immense serre chaude, où la nature semble avoir dépensé
à profusion tout l’éclat de ses couleurs, de sa
force et de sa beauté, et où l’on reconnaît une végétation
exotique et véritablement tropicale, sans aucun
mélange d’autres espèces qui en détruisent l’effet.
Après quatre heures et demie de marche, nous entrons
dans le village qui doit nous servir de halte.
Le chef est parti pour rejoindre Oubié dans l’Agamé,
et comme la moisson n’est pas encore faite, c’est à