
lui faire. 11 essaya sans plus de succès de se la pratiquer
lui-même. Jugeant alors immédiatement son état,
il me fit ses adieux. « C’est fini, me dit-il, je ne reverrai
plus ni mon pays ni ma famille. » Alors je
perdis de nouveau connaissance ; un délire brûlant
s’empara de moi, et lorsque huit jours après je repris
mes sens, au milieu d’atroces douleurs, on m’annonça
que mon infortuné compagnon était enterré, et que
huit de nos serviteurs avaient leur tombeau près du
sien.
« Ce fut notre bon missionnaire, M. de Jacobis, qui
vint m’apprendre ce cruel événement. 11 y mit cette
douce parole, cette onction évangélique qui calment
les plus grandes douleurs.
« Dillon, me dit-il, est mort en chrétien, le sourire
sur les lèvres; il nous a dit adieu comme un homme
qui se rend à une fête, et le souvenir de ses amis absents
a mêlé seul quelque tristesse à cette fin chrétienne.
<f L’homme de Dieu joignit à ces paroles de touchantes
exhortations, et parvint à me faire envisager
la mort sous un plus tranquille aspect- Je me préparai
donc à ce passage difficile. Mais mes épreuves
n’étaient pas finies, et j’ai mené depuis lors la plus
malheureuse existence, souffrant au point de regretter
que Dieu ne m’ait pas appelé en même
temps que notre ami; mais je l’en remercie aujourd’hui
que j’ai pu te revoir, bonheur que je n’espérais
plus. »
Je songeai à profiter du mieux qui s’était prononcé
dans la santé de Petit pour aller rejoindre mon expédition
à Adoua, ou tout au moins la mettre en bonne
voie; j ’en tombai d’accord avec lui, promettant de revenir
aussitôt qu’il me serait matériellement possible de
le faire.