
lui faisait force cadeaux, elle n’était pas dans la faveur
du peuple, qui ne voyait, dans chaque preuve de la munificence
royale, qu’un surcroît d’impôts. Les chefs de
district, à qui il avait été enjoint de fournir à l’ambassade
sa provision journalière, prélevaient sur leurs administrés
lequintuple des provisions requises,etgardaient
pour eux le surplus. Les Anglais avaient aussi choqué la
morale publique en se montrant en pantalons collants,
ce qu i, disait-on, les faisait ressembler à des gens
tout nus.
Des nouvelles plus sérieuses vinrent nous distraire
de ces commérages. Le bruit courut bientôt que
Gouangoul avait lâché pied devant Oubié , presque sans
coup férir, et courait de caverne en caverne, dans le
pays taltal, pour échapper au rigoureux châtiment
dont le vainqueur l’avait menacé, et qui n’était rien
moins que d’avoir les extrémités coupées. Oubié
s’était montré plus clément à l’égard des chefs subalternes;
et plusieurs officiers de Gouangoul, faits prisonniers
, en avaient été quittes pour être conduits et
incarcérés au Semiène.
Cette importante nouvelle ne tarda pas à nous être
confirmée par des soldats d’Oubié, qu’il envoyait
pour presser Schaffner de confectionner la poudre
promise, et de venir l’apporter lui-même à Addi-
grate, où était établi le camp du prince. Schaffner
se fit délivrer sur-le-champ par le gouverneur
d’Adoua les objets qui lui étaient nécessaires, et se mit
activement à l’oeuvre : huit jours après le tonneau de
poudre était prêt. Je me décidai par plusieurs raisons à
accompagner Schaffner à Addigrate; d’abord notre
maréchal des logis, quoique remis de sa dyssen-
terie, s’en ressentait pourtant toujours; d’un autre
côté, j’avais reçu des lettres de Messoah qui m’annonçaient
le retour de l’ambassade envoyée à la quête
d’un Aboune, et comme je savais quelle importance
Oubié attachait à cette affaire, je n’étais pas fâché de
lui en porter le premier la nouvelle. Bref, l’occasion me
paraissait belle de m’acquitter de la visite que je devais
au chef du Semiène.