
de la montagne d’Alékoua. Le lendemain je m’engageai
dans les hautes terres d’Agamé, dont les pentes sont
très-boisées. Après toute une journée de marche fatigante,
je parvins au village d’Addi Baria, situé à une
hauteur de 3 000 mètres ; l’air y était extrêmement
vif, et la légère cotonnade, qui compose le costume ordinaire
des Abyssins, avait fait place au vêtement de
laine.
C’est ici que nous éprouvâmes le premier refus
d’hospitalité. Le choum nous avait bien donné un
homme pour nous conduire dans une des maisons du
village, mais, comme nous étions sur le point d’y
entrer, le maître s’y opposa, et les têtes s’échauffant, il
en résulta une rixe dans laquelle un vieillard, simple
spectateur, reçut malheureusement un coup à la tête
qui lui fit répandre beaucoup de sang. Toute la maison
se mit alors à pousser des cris perçants, ce qui attroupa
autour de nous une population irritée. On ne s’entendait
plus, et on était près d’en venir aux mains. Mes
domestiques faisaient bonne contenance, se trouvant
soutenus par quelques soldats amaréens campés dans le
village. Cependant je vis l’irrésolution se manifester de
part et d’autre; car, si d’un côté nous n’avions pas
l’avantage du nombre, de l’autre, les villageois redoutaient
la colère d’Oubié. Je profitai de ce moment-là
pour jeter entre les deux partis des paroles de conciliation
, et j’eus le plaisir de les voir acceptées ; puis,
par un revirement très-ordinaire en semblable occurrence
, la foule me conduisit presque en triomphe dans
la meilleure habitation de l’endroit.
Le jour suivant, jusqu’à midi, je restai sur les sommets,
et j ’en descendis pour traverser une plaine d’une
grande étendue, qui d’un côté s’abaisse tout à coup
vers le pays taltal, en un vaste précipice, d’où surgissent
quelques montagnes, dont les cimes bleues
dépassent à peine le niveau de la plaine, et forment le
premier des deux gradins qui s’interposent encore jusqu’au
littoral.
La plaine appartient au district d’Addigrate. Elle paraissait
bien peuplée, et tout y respirait un air d’aisance;
on reconnaissait là le voisinage des mines de
sel et la présence d’une population tout à la fois commerçante
et agricole. Le soir venu, nous fûmes reçus
chez un riche laboureur qui nous invita à souper,
mais qui, avec une fierté d’autant plus remarquable en
Abyssinie qu’elle semble être exclusive à la province
d Agame, refusa le cadeau que je lui offris pour prix
de son hospitalité.
C’est là qu’on nous confirma avec détails la nouvelle
de la déroute du dedjaz Gouangoul et de la capture des
principaux chefs révoltés. Gouangoul était traqué dans
sa dernière caverne, d’où la faim et la soif le forceraient
bientôt à sortir, car on avait découvert l’endroit
d’où il tirait son eau.
Le lendemain, qui était un dimanche, je fis ma
dernière étape pour arriver à ma destination. En sui-
vant la rangée de collines qui limite la plaine au sud, et
laissant à quelques milles au nord la ville d’Addigrate,
j ’arrivai vers les deux heures en face du camp, qui
était établi au milieu d’une lande inculte, au point où
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