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A Manga-Reva toutes les tentatives des missionnaires avaient
échoué, mais ils avaient l’espoir de réussira Aka-Marou où leurs
prédications étaient écoutées et où ils introduisaient peu à peu
dans la masse le désir d’un changement. Tel était l'état des choses,
lorsque quelque temps après l’arrivée des premiers missionnaires,
l’évêque de Nilopolis, M. Etienne Rochouse, débarqua accompagné
de deux autres collaborateurs, MM. Cyprien et Armand
Chausson; il s’établit à l’île Ao-Kena, et alors la mission
prit plus d’activité, sans toutefois obtenir des résultats positifs ;
une circonstance leur fit cependant faire un pas rapide. M. Cyprien
qui avait étudié la médecine, fut a p p e l é pour visiter un
enfant malade qu’il réussit à guérir promptement ; cette cure vola
de bouche en bouche et bientôt le médecin trouva l’accès que n a-
vait pu obtenir l’homme de Dieu auprès des habitants aveuglés
par leurs superstitions et la crainte de leurs prêtres. Une épidémie
causée par la misère se déclara sur ces entrefaites à Manga-
Reva, où le père Cyprien se rendit immédiatement. Voulant profiter
de la terreur générale, il demanda au roi qui était toujours
éloigné de la nouvelle religion , que les malades fussent réunis
dans le temple des idoles, seul local convenable à l’agglomération
d’un grand nombre de personnes. Grâces à l’intervention du
grand-prêtre, onclé du ro i, qui était, de tous les habitants, le
plus disposé à adopter la nouvelle doctrine, le local fut accordé.
Il ne s’agissait donc plus que de briser les idoles pour décider de
la conversion du plus grand nombre. Le père Cyprien déclara
au roi que les malades ne pouvaient guérir sous la mauvaise
influence des idoles; mais il rencontra une violente résistance
qui ne céda que devant les murmures du peuple et la crainte de
perdre un de ses oncles, dangereusement malade. Immédiatement,
les idoles furent renversées dans le temple, et bientôt tous
les malades furent guéris ; le grand-prêtre et tous ceux qui
avaient fui la nouvelle religion se firent baptiser immédiatèment,
attribuant la guérison des malades au Dieu qui leur était prêché,
et non aux soins des missionnaires. Les détonations souterraines
qui quelquefois se faisaient entendre servaient, dans l’ancienne
religion , de fondement à la fable de la guerre des dieux,
dont quelques-uns étaient, suivant les prêtres, vaincus dans le
combat. Une violente détonation qui se fit entendre à cette
époque, servit admirablement aux progrès de la conversion. Le
grand-prêtre et les autres convertis- prétendirent que c’était
l’annonce de la chute de leurs dieux, terrassés par le nouveau
Dieu, et cette fable, consacrée par leur ancienne religion, décida
un grand nombre pour les vainqueurs. Un des chefs de Manga-
Reva voulut profiter de la conversion du roi pour se mettre en
son lieu et place, et rassembler tous les idolâtres pour combattre,
disait-il, l’apostat. Les chrétiens s’armèrent de leur côté pour
leur défense personnelle, et le combat semblait inévitable, lorsque
M. Laval se jetant entre les combattants, arrêta les chrétiens
et intimida par son courage les idolâtres qui déposèrent les
armes et bientôt après se firent baptiser, ébranlés par un si beau
dévouement, que leur religion n’aurait pu inspirer à aucun
d’eux. Manga-Reva, Aka-Marou et Ao-Kena étaient désormais
des îles chrétiennes ; il n’y avait plus que Taravaï, qui avait forcé
les missionnaires à se rembarquer précipitamment à une première
tentative de prédication. Ceux-ci, convaincus que cette
île ne tarderait pas à demander l’un d’eux pour l’instruire dans
la religion chrétienne, attendirent patiemment l’effet de l’exemple,
et leur prédiction ne tarda pas à se réaliser. M. Chausson fut envoyé
à Taravaï ; et aujourd’hui on ne trouve plus dans les quatre
îles qu’un vieillard idolâtre, qui a demandé qu’on le laissâtmourir
en paix dans la croyance de ses pères. Dans la conversion de ce
peuple et les circonstances qui l’ont aidée, l’homme ne reconnaît-
il pas le doigt de Dieu? Comme me le disait l’évéque, peut-être