
en quelques minutes. J’acceptai avec joie cette
proposition, et effectivement il ne se passa pas
un quart d’heure que je me trouvai entouré d’une
demi-compagnie de braves commandés par un
officier, qui devaient m’accompagner dans la
gorge de Gagra où je désirais pénétrer.
Grâces soient rendues au grand monarque qui
avait su me faire sentir sa puissante et généreuse
protection jusqu’aux extrémités les plus reculées
de son empire *
Notre excursion n’était pas sans risque ; nous
échappâmes le plus heureusement dû monde à
tous les coups de fusil qui auraient pu-pleuvoir
sur nous de toutes parts du haut des rochers. '
Je trouvai l’entrée de la gorge remplie- de superbes
peupliers blancs très elevés ; des:figuiérs,
du buis, le houx-frélon, la vigne, la ronce chargée
en même temps de fleurs roses et de fruits,
la clématite traçaient et rampaient partout en
nous bouchant le passage. D’énormes roseaux
bordaient les rives du ruisseau jusqu’à la mer,
tandis que le hêtre, le charme et le frêne couvraient
les pentes voisines.
Nous remontâmes jusqu’aux cascades du ruisseau,
qui sont à a .verst de la forteresse ; il n’y
avait plus qu’un petit filet d’eau prêt à tarir. En
revenant, j ’allai au-delà du ruisseau, vers laKint-
cliouli, examiner la largeur du défilé et la nature
des rochers qui le bordent.
Quoiqu’en tout temps un lieu d’exil, principalement
sous l’empire grec, 1 Gagra a produit aussi
ses saints. Les Russes mêmes révèrent une sainte
Hypata de Gagra (Gagrenski).
Cependant Gagra a-t-il toujôurs été le nom
propre à cette localité ? Je l’ignore : je ne l’âi
trouvé que sur les nouvelles cartes russes. . . I
Sur les cartes plus anciennes on trouve toujours
d’autres dénominations. Chardin l’appelle Rala—
dagg, c’est-à-dire montagne élevée, en turc. Jules
Klaproth, dans sa carte du Caucase (1814),
se sert du nom de Derbend qui, en turc, signifie
défilé. ; . ;
Quoi qu’il en soit, pour voir Gagra, pour jouir
de cette vue extraordinaire, il faut être sur la
mer et prêt à le quitter; il faut être cet exilé (1)
qui va rentrer dans un monde meilleur.1.;.. C’est
alors que le coeur est fait pour sentir.' On suit
sans angoisse ces chaînes, ces terrasses qui s’entassent
l’une sur l’autre avec des cîmes neigeuses
pour couronne. On trouve de la fraîcheur dans
ces antiques forêts qui en voilent la base (2) et
qui ajoutent à la sauvagerie et à la majesté de ce
(1) Quand on eut fait grâce à quelques-uns des conjurés
dë 1826 , on les envoya d’abord comme simples soldats
à Gagra : presqüè tous ont vu plus tard que l’empereur
Nicolas savait pardonner.
(2) Ce pied des montagnes est couvert de hêtres,1 de
charmes et de chênes du plus beau vert, tandis que phis