
nistan auraient été menées à bonne lin; mais la suite
prouva qu’ils n’y avaient jamais pensé, car après
leurs revers dans le Kaboul ils ne restituèrent point
les forteresses enlevées aux Émirs et les gardèrent, en
alléguant contre ceux-ci divers griefs dont ils ne purent
jamais bien prouver l’exactitude. Nombre de gens
pensèrent que les machinations reprochées au vieux
Mir-Roustem, que Burnes appellait l’ami le plus
obstiné des Anglais, n’étaient en réalité que le résultat
du zèle un peu trop prononcé d’un agent britannique,
nommé Ross-Bell, qui admit sans examen,
et avec trop de facilité, la véracité de quelques lettres
revêtues du cachet du vieil Émir, lettres hostiles aux
intérêts anglais; sa politique inquiète sut se servir des
dépositions des Émirs pour établir la culpabilité des
uns d’après le récit des autres. Il finit par les envelopper
tous dans le même complot, accusateurs
et accusés, et conclut à leur déportation à Bombay,
qui fut effectuée bientôt après. Le major Outram, ré sident
britannique dans le Scinde, refusa d’accepter la
responsabilité de cette intrigue et en signala la perfidie
dans une lettre adressée à sir Charles Napier,
commandant supérieur de l’armée anglaise dans la
contrée : mais rien ne put soustraire les Scindiens à
l’arrêt porté contre eux par les directeurs de la Compagnie.
Les prétextes sont faciles à trouver en Asie,
et ils ne manquèrent point pour commettre ce nouvel
envahissement. On reprocha aux Émirs d’avoir
laissé inquiéter les troupes anglaises, pendant leur
marche sur Kaboul, par des tribus réputées indisciplinables
depuis des siècles, niais avant le malheur
d’être placées sous leur juridiction ; puis d’avoir prêté
leur concours secret aux Serdars du Kandahar, contre
lesquels marchait l’armée anglaise. Enfin, comme
les djinguels (forêts, que tous les écrivains français
s’obstinent à écrire jungles, suivant l’orthographe
anglaise) servant de réserves de chasse (cliikiar-
guiah) aux Émirs, s’étendaient sur certains points
très-avant dans l’Indus et en obstruaient le cours
au point de ne laisser parfois qu’un canal étroit pour
le passage des bâtiments, qui pouvaient par cela
même être facilement arrêtés et rançonnés par
les tribus riveraines et pillardes, le gouvernement
indo-britannique signifia aux Émirs qu ils eussent à
renoncer à leurs chikiar-guiah, condamnés par la
Compagnie à tomber sous la coignée. Une telle déclaration
parut aux Émirs et à leurs sujets une énormité
bien autrement grave et insultante pour eux que l’oc cupation
armée de leur territoire, car ces gens, à peu
près dénués de toutes nos distractions et amusements
européens, font de la chasse leur délassement favori;
rien ne pouvait leur être plus sensible que de se le
voir enlevé : aussi se refusèrent-ils obstinément à la
destruction de leurs chikiar-guiah. Les Anglais, fatigués
de leur résistance, cherchèrent à passer ■entre et
à agir à leur guise ; mais les Scindiens voulurent
aussi, de leur côté, couper court à leurs exigences,
et ils expulsèrent d’Haïdar-Âbad le résident anglais
qui leur faisait journellement de si dures conditions.
Le 15 février 1843, le major Outram fut attaqué
dans cette forteresse par 6,000 hommes et une batterie
d’artillerie, commandés par l’un des Émirs ; mais