
aussi mauvais que la veille, et nous ne fûmes pas
plus heureux pour notre approvisionnement.
Semnân. — Du 5 au 7 janvier. — J’étais arrivé de
l’autre côté des montagnes et à deux heures delà ville,
lorsque j ’aperçus au loin, avec une indicible joie, Un
cavalier revêtu d’habits européens. En approchant, je
reconnus M. Taylor-Thompson, secrétaire de la Légation
britannique à Téhéran. Je le saluai en français
et sa surprise fut d’abord grande d’entendre si bien
parler cette langue à un Turkoman, car j ’en portais
l’habit, la barbe et tout l’attirail extérieur, et il ne me
reconnaissait pas. A la fin il se ressouvint de moi, et
nous causâmes longtemps avant de nous quitter.
M. Taylor se rendait à Asterabad pour y surveiller les
menées des RusSes.
Après être resté si longtemps isolé de tout Européen,
au milieu des barbares Afghans et Béloutches,
il est facile de comprendre la joie que j ’éprouvai en
apprenant des nouvelles de mon pays par une personne
de ma connaissance.
J’arrivai à Semnân au milieu du deuil de Mohar-
rem, et il me fut impossible de trouver une seule
caravane pour lui confier ma charge. Le cheval qui
la portait était blessé et fort malade. Enfin, le 7, je
m’arrangeai avec des Hézarèbs qui se rendaient à
Téhéran, et je pus me remettre en route.
Lasguird.—8 janvier.— Là m’attendait le dernier
événement de mon voyage, et il faillit devenir tra gique.
Un Hézarèh voulut me reprendre lp cheval
dont je lui avais payé la location, parce que son palan
le blessait ; mes domestiques s’y opposèrent et une
lutte s’engagea entre eux. Une vingtaine de Hézarèbs
arrivèrent au secours de leur camarade et les coups
pleuvaient dru sur le dos de mes gens. Malgré ma
qualité d’Européen, je riSquôis fort d’être aussi maltraité
par ces brutes, qui n’ont d’homme que le nom,
lorsque je les arrêtai court dans leur démonstration
en les couchant en joui;. Le remède opéra un effet
instantané : ils se retirèrent et je gardai leur cheval
jusqu’à Téhéran.
Dèh-Nemelc. — 9 janvier. — Beaucoup de boue et
rien à manger au gîte.
Kechlag-Khar. — 10 janvier. — Une pluie torrentielle
était tombée dans celte localité depuis plusieurs
jours et avait tellement défoncé la route ordinaire
qu’il était impossible de la suivre. J’en pris une autre,
dite chemin du Haut, qui côtoie le pied des montagnes.
Elle est plus ferme que celle du bas, mais
caillouteuse et coupée, à l’issue d’un défilé étroit, par
un torrent fougueux : nous eûmes de grandes difficultés
à le franchir. Plusieurs villages sont échelonnés
le long de cette route. Nous arrivâmes à Kechlag-
Khar mouillés et morfondus, et y trouvâmes un local
affreux envahi par l’eau.
Héïvàne-Kièf.—11 janvier.—Deux heures avant
d’arriver au gîte, un de mes chevaux tomba dans le
steppe et mourut à l’instant. 11 respirait encore,
qu’un vol de corbeaux, établi en cet endroit, le dévorait
déjà en becquetant ses chairs, affreusement
mises à nu sur le garrot par le frottement du palan.
Khaloun-Abad. — 12 janvier. — Assez gros village
situé en face d’Essar-Émir.