
une pareille entreprise; mais toutefois, dans le cas
contraire, il ne serait pas nécessaire, comme plusieurs
voyageurs l’ont écrit, d’exterminer les Tar-
tares avant d’arriver à l’Inde. La Russie n’aurait qu’à
les mettre dans ses intérêts, ou à obtenir leur neutralité
: si elie n’était pas observée, deux petits corps
persans placés à Charaks et sur les rives du Mourgh-
âb, suffiraient pour les contenir. Dès qu’elle aurait
assuré ses derrières, l’armée russe relierait ses communications
avec Hérat, où seraient restés les magasins
et la réserve, par les importantes places de
Ferrah et de Sebzavar. Ce serait le point de droite
où viendrait aboutir une des extrémités de leur ligne
d’opération. Avant tout, il faudrait, en la faisant passer
par Lâch-Djouï-waine, la prolonger jusqu’au lac
du Sistan, d’où elle s’étendrait, en remontant au
Nord, jusqu’à Khouim, ayant pour points intermédiaires
Balkb, Chibberghàn, Meïmana, Hérat et les
villes ci-dessus nommées. Celte ligne convient également
à l'offensive et à la défensive, autant à cause
des moyens de défense que possèdent les forteresses
dont nous venons de parler, que par rapport
aux nombreuses routes qui y aboutissent et
les relient aux districts les plus fertiles de la contrée
, dans lesquels on peut trouver des ravitaillements.
Elle est aussi traversée sur beaucoup de points
par des rivières intarissables, chose inappréciable dans
ce pays où l’eau est rare; et puis celte ligne n’est attaquable
que par ses ailes, son centre étant préservé par
le massif des montagnes de la Faropamisade, dans
lesquelles nulle armée n’a pénétré depuis des siècles,
Cette défense naturelle donnerait à la plus grande
partie des troupes russo-persanes la faculté de dégarnir
leur centre pour marcher sans inconvénient à
la défense des ailes si elles étaient attaquées, et l’on
peut affirmer que cette ligne est la première parallèle
qu’on doive ouvrir pour attaquer l’Inde.
L’armée d’invasion devrait gagner les Afghans et
les Béloutches à prix d’or, seul moyen de les rendre
traitables; alors sa marche sur Kandahar deviendrait
une promenade militaire. Il serait bien difficile à
l’Angleterre de conjurer le danger que lui ferait
courir une marche aussi facile, si elle restait derrière
l’Indus.
Dès que les deux principales villes de l’Afghanistan
seraient au pouvoir des Russes, ceux-ci deviendraient
les arbitres des intérêts divers qui se combattant dans
l’Asie centrale, et pourraient leur donner une unité
favorable à leurs vues en apprenant aux peuples qu’ils
ne marchent à la conquête de l’Inde que pour relever
les trônes abattus par les Anglais, et pour rendre le
pouvoir aux dynasties déchues dont les princes, captifs
dans les prisons anglaises, s’étiolent sous des verrous
qui sont à jamais tirés sur eux1. Ils exerceraient encore,
par le fait seul de leur présence dans cette contrée,
une action immédiate et hostile aux Anglais sur
1 Je ne sache pas qu’il y ait à celle heure de prisonniers d’Élat
dans l’Inde, h l’exeption du Serdar Sik à Calcutta. L’Empereur
de Delhi n’est pas captif, bien que, cependant, il sorte
rarement de la citadelle fortifiée de cette ville, La mère de
Dhalip-Sing n’est point non plus prisonnière d État. La Maharani
s’est échappée du donjon où on la retenait, et elle habite à celte
heure à Khatmandhou, capitale du Népant.—Ed,