
l'eau salée, coupées comme des cardons, et dont le
goût m’avait déplu, tandis qu’au contraire les habitants
du Sistan en sont très-friands. Ce ragoût et le
thé à la graisse rance de Khoum sont deux mets que
je tiens pour des sauces vraiment diaboliques.
Tchâh-Aziz-Khan ou Chindèh. — 23 octobre. —
8 farsangs dans la plaine la ¡flus aride et la plus
monotone que nous eussions encore traversée,
sans un arbuste et sans la moindre végétation. La
première partie n’était pourtant point stérile, car
après les pluies du printemps, la surface du sol s’y
recouvre habituellement d’une herbe assez abondante
que dessèche le soleil de juin. Ce qui manque là,
comme partout ailleurs, dans l’Asie centrale, ce sont
des bras pour amener l’eau à fleur du sol, le cultiver
et le fertiliser. La seconde partie de la route était
tracée sur le sable mouvant, tandis que les jours précédents
le sol était solide et mêlé d’argile; jamais
étape ne fut plus fatigante à parcourir.
On ne trouve guère de déserts sablonneux dans •
ces contrées, en dehors de la Bokharie et du Sistan
; mais ils sont beaucoup plus vastes dans le premier
de ces pays que dans le second. Dans le Sistan ils
sont coupés, à des distances très-rapprochées, par des
steppes recouverts de végétation pendant le printemps,
et surtout de taillis de tamariscs. Ces oasis sont
peuplées en hiver, car les pluies accumulent leurs
eaüx dans les bas-fonds et suffisent pour alimenter les
troupeaux des nomades qui s’y établissent dans cette
saison. Lorsque cette ressource vient à leur manquer,
ils retrouvent cette eau à ùn mètre ou deux de profondeur,
car elle séjourne presque à la surface. Ce
fait démontre la possibilité de peupler cette contrée
d’une manière permanente et d’établir des gîtes assez
rapprochés les uns des autres pour communiquer
avec facilité de Hérat ou de Kandahar à Chikarpour et
Kélat-Nasser-Khan'. Nous arrivâmes à Tchâh-Aziz
un peu avant le coucher du soleil, et n’y trouvâmes,
dans le lit desséché d’une rivière, qu’une mare infecte,
entourée de tamariscs, où gisait la carcasse
âne sauvage qui, n’ayant pu en gravir les parois escarpées,
s’y élait noyé.
Tchâh-Âbou-Thaleb ou Dervazè. — 24 octobre.—
Distance de 6 farsangs à travers une plaine semblable
à celle de la veille. L’aspect de la campagne était
triste et monotone. Le sable, soulevé par le vent, nous
entrait dans les yeux et nous irritait cet organe au
point de nous empêcher d’y voir à deux pas devant
nous. Il n’y avait pas trace de route; quelquefois, au
milieu d’une oasis, des ruines et un bouquet d’arbres
rabougris et étiolés venaient rompre l’uniformité de
celte plaine sans limites. Les incrustations salines ne
sont pas plus rares là qu’en Perse, elles occupent de
vastes surfaces dans les bas-fonds où l’eau s’est desséchée.
Le manque d’eau nous fit encore beaucoup
souffrir pendant cette journée, et nous arrivâmes
exténués à Tchâh-Abou-Thaleb, où nous trouvâmes
de l’eau potable.
1 La partie la plus difficile de ce chemin se trouverait surtout
vers le Sud du Sistan, le long des frontières de Chirawak ;
cependant on suit souvent cette roule.—Ed.