
nifeste, Yar-Méhémed-Khan ne cessait de menacer son
vassal, mais celui-ci, tout en protestant de son dévouement
au chef du Hérat, continuait ses sourdes menées
et refusait l’impôt, alléguant chaque année, soit une
mauvaise récolte, soit une guerre à soutenir, soit des
forteresses à relever, etc. Je connaissais ces détails
avant d’arriver à Lâch, et me serais bien gardé de
m’y rendre en me recommandant de l’amitié de Yar-
Méhémed-Khan. Je laissai à Assad-Khan, qui était son
cousin, le soin d’arranger tout cela à sa guise. Effectivement,
nous fûmes accueillis en famille, et aussitôt
moutons et volailles furent rôtis pour nous bien recevoir.
En apprenant que j ’avais l’intention de me
rendre à Téhéran, Salou-Khan redoubla d’attentions
pour moi, dans l’espoir que je rendrais au Chah
un compte avantageux de sa personne. Comme une
l’Afghanistan a toujours joui d’une grande influence politique
dans le pays. D'un côté, la cour de Perse lui faisait la cour et, de
l’autre, les chefs du Kaboul et du Kandahar se prêtaient à ses
moindres désirs. Il dépendait nominalement du Hérat, mais
Châh-Kamràne et Yar-Méhémed avaient peu de confiance en lui.
Quoi qu’il en soit, du moment où les Anglais arrivèrent dans le
pays, ce prince s’attacha à leur cause et leur rendit service à différentes
reprises. Un de ses fils, Rassoul-Khan, résidait dans le
Kandahar en qualité d’aide de camp du prince gouverneur pendant
l’occupation anglaise, et fut fort utile comme intermédiaire
entre les représentants de la Grande-Bretagne et les chefs des
différentes tribus de Douranis. Rassoul-Khan est le Serdar dont
il est question dans l’ouvrage sur l’Afghanistan de Kaye; c ’est
lui qui accompagna Seïf-der-Djing au camp des Douranis, lorsque
ce chef, dans un mouvement de mauvaise humeur, s’enfuit
de Kandahar pour se joindre aux rebelles. Châh-Peçend-
Khan vivait encore en 1856 et jouissait de tous les honneurs dus
à son rang —Ed.
promesse ne me coûtait rien, et qu’en définitive il se
montrait généreusement hospitalier pour moi, je
l’assurai de toute la bonne volonté que je mettrais a
le servir.
La forteresse de Lâch est construite à 14 farsangs au
Sud de celle de Ferrali, sur une éminence en pain de
sucre, dont elle occupe le sommet. Elle est enfermée
entre trois lignes de murailles reliées par des tours et
protégées par des fossés. Elle serait difficile à prendre,
même pour des troupes européennes, si elles étaient
dépourvues d’artillerie de siège. Son enceinte ne
contient pas plus de soixante-dix à quatre-vingts maisons;
mais il y a plusieurs milliers de tentes de nomades
disséminées dans la campagne autour d’elle.
Djouï-waine, situé à une demi-heure de Lâch, sur la
rive gauche de la rivière, est une dépendance du district
soumis à Châh-Peçend-Khan ; l’oncle de ce chef
y fait sa résidence et y commande pour lui.
Le canton de Kaléhi-Kat est aussi au pouvoir de
Châh-Peçend-Khan, et la totalité de ce petit État est
désignée sous.le nom de contrée d’Ho-Kat (Beled IIo-
Kat). Il compte en tout deux mille quatre cents maisons
et quatre mille cinq cents tentes de nomades :
Afghans, Béloutches et Eïmaks, pouvant fournir cinq
cents cavaliers et trois mille cinq cents à cinq mille
fantassins réputés excellents. Par ses alliances avec
divers chefs béloutches, arabes et afghans des environs,
le Serdar de Lâch pourrait doubler son armée
à l’aide de leurs contingents. Ceci explique un peu la
retenue de Yar-Mehemed-Khan devant un vassal si
peu soumis. Outre les rivières de Herroud-Roud,