
voulut pas pousser jusque-là. Mes huit gaillards dînèrent
en un clin-d’ceil avec du pain, du fromage et des
oignons crus dont ils me jetèrent les miettes quand ils
furent rassasiés ; il fallut bien m’en contenter, tout
insuffisantes qu’elles fussent pour satisfaire mon
appétit dévorant.
Kichk-Noukhoud et Haouz.—%9 août.—8 farsangs
à travers une plaine presque déserte et sans eau, couverte
de broussailles. En me réveillant le malin, je
vis mon escorte augmentée de deux nouveaux Si pahis
du Serdar arrivés pendant la nuit à mon intention.
Parmi les objets que m’avait enlevés Méhémed-Sédik-
Khan, se trouvait le premier volume du dictionnaire
turk-français de Bianchi ; j ’étais parvenu à soustraire
le deuxième à ses investigations en le glissant dans
ma poche ; mais son coquin de naïb, présent à l’inventaire,
s’en était aperçu et l’avait dit au Serdar après
mon départ ; celui-ci, furieux, avait envoyé à ma
poursuite deux de ses satellites pour me reprendre ce
volume, et ils ne manquèrent pas de le faire avec
brutalité. Après cette nouvelle avanie, nous montâmes
à cheval et nous nous arrêtâmes après deux
heures de marche près d’uri caravansérail bâti en
terre, construit parles Anglais et nommé Kichk-Nou-
khoud, tout auprès duquel se trouvent une ou deux
maisons habitées et entourées de jardins arrosés par
l’eau d’un kariz. Il existe de vastes ruines auprès de
cette localité ; la plus remarquable est un monticule
de terres rapportées, anciennement couronné par une
forteresse, qui passe pour avoir été ruinée par Nader-
Châh. C’était sans doute la citadelle d’une ville dont
on voit parlout les traces, mais dont il ne reste plus
rien d’habitable, si ce n’est un iman-zadèh où
demeure un derviche chargé de garder le tombeau.
C’est là qu’Ahmed-Châh, Sudozéhi, fut élu roi des
Afghans, par les Serdars réunis. Je ne sais trop pourquoi
les habitants de cette localité, outre le nom de
Kichk-Noukhoud lui donnent encore celui de Kalèh-
Nader. Outre l’iman-zadèh, il y a encore là quelques
autres tombeaux assez bien conservés et une vingtaine
de cyprès dont la verdure perpétuelle forme un singulier
contraste avec l’aridité du lieu. Après avoir
passé quatre heures dans cet endroit, pendant la plus
forte chaleur de la journée, nous remontâmes à cheval
pour gagner Haouz, laissant sur notre droite, à
une très-petite distance, la rivière d’Urghend-âb et
des montagnes de rochers d’un aspect triste et tourmenté,
sur notre gauche. Les sables mouvants à la
teinte rougeâtre, du désert situé au sud de la rivière,
s’étendent jusqu’au pied des montagnes, apportés par
les vents du sud. Nous arrivâmes à nuit close à
Haouz, lieu ainsi nommé à cause d’un vaste réservoir
d’eau qui s’y trouve. C’est là que fut défait par Kou-
hendel-Khan le prince Seïf-Der-Djing, gouverneur
laissé par les Anglais à Kandahar en 1842. Un peu
avant d’atteindre Haouz et à une lieue sur la droite, on
voit un monticule de terres rapportées, semblable à
celui de Kichk-Noukhoud, nommé Snigsar, entouré de
plusieurs gros villages; nous allâmes descendre dans
l’un d’eux situé près de la route, au delà de Haouz.
Exténué de fatigue, mourant de chaleur, de soif et de
faim, il fallut me faire descendre de chevalet je tom-
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