
Uzbeks qui essayent de les asservir, qu’il est permis
de les considérer comme une seule nation, divisée en
petits gouvernements ou républiques que leurs intérêts
et la force des choses obligent à se fédérer, pour ainsi
dire, continuellement ensemble. Les Eïmaks vivent
presque à l’état sauvage, passant du repos de la brute
à l’activité du soldat, suivant que le cas l’exige, sans
soupçonner qu’ils pourraient se tenir dans un milieu
plus profitable à leurs intérêts et à leur santé. Les
Uzbeks et les Afghans sont des gens civilisés si on les
compare aux Eïmaks. Le persan qu’ils parlent paraît
être très-ancien, et ne contient que fort peu d’arabe
auquel ils n’ont d’ailleurs recours que dans le cas très-
rare où leur langue ne fournit pas le mot par lequel ils
veulent exprimer une idée. Je crois que cela tient à ce
que le Koran est fort peu répandu parmi eux. Tout
ignorants qu’ils sont de bien des choses, ils n’en sont
pas moins heureux et ne voient rien au-dessus d’une
tente, d’un cheval, d’une femme et du pillage. Du
reste, ils sont très-hospitaliers entre eux et capables
de dévouement, voire même de fidélité; ces peuples,
bien organisés, feraient d’excellents soldats, mais surtout
de cavalerie : ils combattent à la lance et à l’arc,
et n ont que très-peu d’armes à feu. Leurs femmes
supportent le poids de tous les travaux domestiques,
des cultures, et prennent souvent part à la guerre.
Les Afghans redoutent leur bravoure autant que celle
de leurs maris : il est d’habitude qu’une jeune fille
ne se marie, parmi elles, que lorsqu’elle peut s’honorer
d’une action d’éclat. Ces femmes ne se couvrent
point le visage, même en présence des étrangers;
leurs formes sont massives et amplement accusées,
mais leur beauté est médiocre et la décrépitude
les gagne avant la quarantaine.
Quoique les hivers soient très-rigoureuxdansla Pa-
ropamisade, les habitants préfèrent la tente aux maisons,
parce qu’il leur est plus facile de satisfaire leur
besoin de déplacement, sans être obligés de rien laisser
derrière eux. Du reste, leurs tentes, tissées avec
de la laine de chameau, sont très-épaisses, imperméables,
et quand elles sont exactement closes, le froid y
pénètre fort difficilement. Ce que j ’ai dit de la fertilité
du pays des Eïmaks dans le récit de mon voyage peut
en donner une idée, sinon complète, du moins suffisante;
il y a peu de populations en Asie qui soient aussi
favorisées qu’eux sous ce rapport ; ils sont plutôt pasteurs
que cultivateurs : cependant ils récoltent du blé,
de l’orge, du maïs, et une espèce de millet dont ils sont
très-friands. J’ai vu peu de riz chez eux; ils gardent
celui qu’ils récoltent pour les jours de fête ou bien
pour recevoir un hôte. Les fruits y sont aussi abondants
que savoureux, et tous les objets de première
nécessité se vendent pour une bagatelle; Habituellement,
c’est par échange que lés Eïmaks cèdent des
aliments, l’argent et l’or étant peu estimés parmi eux
et le cuivre n’ayant cours nulle part. Les Eïmaks campent
dans les plaines pendant l’hiver, et sur les plateaux
élevés des montagnes, pendant l'été et l’automne.
Ils sont d’intrépides chasseurs et quittent
souvent le gibier pour poursuivre les bêtes féroces,
très-abondantes dans leur pays. On trouve une grande
quantité de ruines dans leurs montagnes, mais elles