
anarchiques et énervantes des gouvernements aborigènes.
Ce n’est pas en un jour que les Anglais
peuvent, en fondant leur Empire de l’Inde, donner
une nuance uniforme aux éléments si divers dont il
se compose : il leur faudra encore bien des années
pour l’amener à l’unité administrative, et surmonter
bien des difficultés par l’emploi de la force,
seul moyen de persuasion dans ces contrées, avant
de développer complètement sa prospérité et de faire
disparaître les rivalités de races ; cependant il reste
encore à dire que les Anglais n’ont pas fait jusqu’ici
ce qu’ils pouvaient faire dans ce sens. Malgré cela,
l'autorité anglaise est trop solidement établie aujourd’hui
sur les bords de l’Indus, pour qu’elle ait à redouter
les désastres dont la presse la menace à chaque
instant par le fait des peuples conquis. Cela est si
vrai, que chaque révolte, que chaque attaque qu’elle
a eu à réprimer depuis cinquante ans, a été pour elle
l’occasion d’un nouveau triomphe.
S’il y a une exception dans les événements dont
l’Afghanistan a été le théâtre en 1841, cela tient à des
circonstances tout à fait exceptionnelles ; surtout à
l’imprudence commise par les directeurs, en lançant
leurs troupes à quelques centaines de lieues au delà de
leur base d’opération, et en se complaisant trop dans
une sécurité que rien ne justifiait. Mais éclairés.par
le désastre de Kaboul, leur vigilance ne s’est point
endormie pour l’avenir et la révolte des Siks, en 1848,
a prouvé une fois de plus que l’Inde est aux Anglais
et ne saurait leur être enlevée par la force matérielle
dont peuvent disposer les peuples qui l’habitent. Une
nation européenne pourra seule la leur faire perdre,
car leur pouvoir est assez solidement établi pour
qu’ils puissent y braver toutes les conspirations. Je ne
ferai point comme la plupart de ceux qui ont écrit sur
ce pays, et ne me répandrai point en déclamations
stériles sur l’ambition démesurée et insatiable des Anglais,
et cela, d’abord, parce que la conquête est pour
eux une question d’existence dans l’Inde jusqu’à ce
qu’ils aient tout absorbé; en second lieu, je voudrais
bien connaître un État au monde qui dédaignerait
d’augmenter son bien-être, sa prospérité et sa grandeur
lorsqu’il a toute faculté de le faire?
Ce que j’ai vu et entendu en Afghanistan m’a
donné la conviction profonde qu’aussitôt après l’apparition
du drapeau britannique dans une contrée
asiatique, on y voit le dévergondage gouvernemental
qui règne sous les chefs indigènes remplacé, sinon
par l’abondance, du moins par la sécurité et la justice.
Quelque lourds que soient les impôts exigés par les
Anglais, ils sont encore bien loin d’égaler ceux autrefois
prélevés par les souverains dépossédés qui, après
les avoir perçus , accablaient encore leurs sujets
d’avanies. J’ai naturellement été amené à concevoir
l’opinion émise ici en entendant les Afghans, si hostiles
aux Anglais, gémir de ce que leur système administratif
n’avait pas été continué par les princes qui les
gouvernent aujourd’hui. Les Serdars, les Mollahs, les
Séyids, les Sipahis, tous gens vivant d’extorsions, au
détriment de la population industrieuse, sont ceux
qui déclament contre les Anglais, parce que, sous
leur pouvoir, ils ne pouvaient pratiquer leur système