
de l’ouragan, car toutes les tentes se projetaient au
loin, sur leur tapis de verdure, aussi intactes que
lorsque nous les avions quittées : le bétail paissait tranquillement
et ne paraissait nullement effrayé ; rien
enfin n’indiquait là-bas le passage du cataclysme qui
venait de fondre sur nos têtes. Les habitants m’avaient
prévenu que la montagne avait le privilège
d’accaparer pour elle les bénéfices de ces tempêtes qui
éclatent rarement en hiver ou au printemps, mais
seulement à la fin de l’été et en automne.
Quand le mauvais temps fut passé, nous continuâmes
notre marche ascendante de plateau en plateau,
et, après trois heures de fatigues, nous atteignîmes
une pente rapide qui nous conduisit dans une vallée
très-fertile et très-peuplée de Téhimounis. Nous
n’arrivâmes point sans difficulté aux tentes de ces
nomades pour relayer, tant les ruisseaux s’étaient
augmentés par suite de la pluie; ils étaient devenus
de véritables rivières, et nous eûmes beaucoup de
peine à les franchir. Une heure après, nous étions
engagés dans une nouvelle chaîne de montagnes coupées
d’une façon bizarre, irrégulière, et offrant dans
leur trajet toute espèce d’obstacles.
Nous nous trouvâmes ainsi fort attardés ; notre dépit
s’en augmenta d’autant plus que parfois des nomades
établis sur notre flanc, de l’autre côté d’une vallée qui
nous séparait d’eux, nous prenant pour des Afghans
à la forme de nos turbans, se faisaient un vrai plaisir
de se moquer de nous. « Beau pays à envahir ! nous
« criaient-ils, route plate comme la loyauté d’un Af-
« ghan ! Allez en parler à vos compatriotes, présentez-
« leur nos civilités, et dites-leur que nous serons en-
« chantés de les recevoir en ces lieux ; nous irons au-
« devant d’eux jusqu’aux défilés, où nous les saluerons
« par de nombreuses salves; âllez, et que Dieu vous
«guide!» Ces gaillards-là accompagnaient toujours
leur péroraison d’un ricanement qui n’avait rien de
flatteur pour notre amour-propre, et, sans les deux
serviteurs de Moustapha-Khan qui nous escortaient, je
suis presque certain qu’ils n’auraient pas attendu l’arrivée
de nos prétendus compatriotes pour nous complimenter
avec les salves promises. Je vis en effet, tout
le long de cette étape, une grande irritation contre les
troupes hératiennes, et ce n’était pas sans raison; car
elles venaient de rendre presque déserte la plus grande,
la plus peuplée et la plus fertile partie de la province
de Gour: elles y avaient coupé les arbres, détourné
les cours d’eau, renversé les maisons et dépaysé
les populations. C’était là, il faut en convenir, un motif
bien suffisant pour animer les Téhimounis contre elles.
L’orage et les difficultés de la route ne nous permirent
pas d’arriver à Zerni avant deux heures de la
nuit. Le Serdar était encore debout, mais déjà beaucoup
trop ému par ses libations nocturnes. J’ajournai
donc ma visite au lendemain, et j ’allai prendre un
repos dont j ’avais grand besoin.
Zerni est l’ancienne capitale du pays de Gour, ou
plutôt elle n’en est que les restes; car ruines sur ru ines
s’y trouvent entassées. C’est une petite ville enfermée
dans une enceinte en pierres et en briques cuites,
écroulée sur bien des points; sa position dans une
vallée resserrée, mais très-fertile, est heureusement