
nous trouvâmes par hasard près du caravansérail,
nous eussions été contraints de jeûner. Heureusement
il nous céda un mauvais pain noir et un peu de
lait, ce qui nou§ permit d’attendre jusqu’au lendemain,
y Sing-Best. — 4 décembre. — Gîte déjà décrit, où
nous rencontrâmes de nouveau le choléra,
Meched.—5 décembre,—Ville déjà décrite, Nous y
arrivâmes à propos pour nous mettre à l’abri des
Turkomans que nous n’avions sans doute évités que
par un miracle providentiel ; mais nous retombions
dans le choléra, alors plus fort que jamais à Meched,
Je m’en préoccupai assez peu, car depuis cinq mois je
parcourais des contrées où il régnait; mais la population
était consternée, et à ce motif d’alarme venait
se joindre le désespoir d’un bon nombre de familles
dont plusieurs membres avaient été enlevés dans un
tcbap-aoûl que les habitants de Kélat-Nader avaient
effectué jusque sous les murs de la ville. Ils avaient
saccagé tous les villages et la désolation était générale,
]En rentrant dans la capitale du Khorassan, je pouvais
me considérer non pas comme hors de danger,
mais comme à la veille d’être en sûreté. Lorsque j’avais
entrepris de traverser l’Afghanistan, je ne m’étais
fait aucune illusion sur les difficultés et les souffrances
qui m’attendaient; mais j’avais aussi des chances de
gagner Lahor, et ce motif avait suffi pour m’y décider,
Malheureusement l’hostilité des esprits contre
les Anglais n’était point encore calmée, dans cette
contrée, quand j’y arrivai, et je considère encore
comme un miracle d’être sorti la vje sauve des mains
des Afghans. J’aurais infailliblement payé de la vie
ma téméraire entreprise, si je n’avais aussi bien connu
les usages et le caractère asiatiques. J’ai réussi à leur
échapper en dissimulant toujours mes craintes, en
paraissant croire les droits de l’hospitalité assez sacrés
pour garantir ni°u bagage et ma vie. Je ne cessai
d’avouer ma qualité de Français, bien qu’il m’eût été
facile de la dissimuler, ainsi que le but de mon voyage
à Lahor. La moindre contradiction dans mon langage,
et elles deviennent infaillibles lorsqu’on s’écarte
de la vérité, pouvait me devenir fatale. Vis-à-vis
des Afghans il faut toujours se poser avec simplicité,
sans affectation ; paraître trop humble ou chercher à
les dominer sont deux partis qui ont également leur
danger. 11 faut leur parier de manière à leur imposer
une certaine réserve, se m onlrer naturellement digne
sans présomption, et leur tenir des discours sensés,
fermes, exempts d’emphase et de roideur, à la portée
de leur intelligence bornée. Leur gros bon sens aime
la concision et une conversation qui conclut clairement
èt en peu de mots. En arrivant parmi ces Asiatiques
avec nos idées françaises de supériorité sur
eux en tout et pour tout, si j’eusse paru mécontent ou
seulement étonné de leyr accueil et de leurs idées,
j’aurais considérablement augmenté la dose de mes
embarras et probablement perdu la vie. Un moment
de roideur dp ma part avec le Serdar Méhémed-
Sédik-Khan faillit amener ce triste résultat ; ce fut
pne leçon dont je profitai, et un peu de souplesse me
tira du mauvais pas où j ’étais engagé : ce n’était pas
facile. Un Européen ayant longtemps vécu avec les