
était permis de m’assommer sur place, sans que
Kouhendel-Khan et son frère eussent pu dire un seu
mot de blâme pour ce fait. En me voyant encore
échapper cette fois à son piège, Méhémed-Sédik recommença
les scènes de la veille et épuisa toutes les
ressources de sa cruelle imagination pour me réduire:
à la fin mes forces physiques ne purent y résister;
deux jours passés sans boire, sans manger et sans
dormir, m’avaient tout à fait affaissé, le moral seul
me soutenait depuis quelques heures et je cédai au
désir de cet infâme coquin. Je lui écrivis un reçu des
objets qu’il m’avait volés, et j’inscrivis sur le premier
feuillet d’un des livres dont il se faisait faire le don
volontaire, l’attestation d’amilié qu’il exigeait de moi.
Par réciprocité, il me fit une déclaration semblable,
écrite en langue persane, mais en caractères européens;
en voici la traduction :
« Comme le très-cher seigneur général Ferrier et
« moi avons fait amitié et que, en quelque lieu que
« nous soyons, nous resterons amis toute notre vie,
« pour preuve, j ’ai donné cette déclaration écrite d’a-
« mitié au seigneur général Ferrier.—Il est convenu
« que quand je serai devenu gouverneur souverain,
« le général Ferrier viendra servir en Afghanistan. A
« ladatedu moisde Ramazanl261(24septembre 1845}.
« Cet écrit est du Serdar Méhémed-Sédik-Khan de
<s Girishk : »
(« Tchun mehirban général Ferrier saheb vè bendèh
baham dosti kerdim, kè madame kèzindèh, vè hayat
bashim baham dost, vè yek djehat bashim vè in khatti
dosti nainèra béréanki nishan dosti bached bè général
Ferrier saheb dadem. — Qarar chud kè her vagt kè
men liakim kull sbudè bashem, général Ferrier
berayé noker der Afghanistan biyayed. Ba tarikh
20 Ramazan, sani Aïsai 1845 (24 septembre, sani Mé-
hémedi 1261.) Etkhatt e? Serdar Méhémed-Sédik-Khan
Guirichk.)
Les mêmes paroles étaient écrites en français et
revêtues du sceau du Serdar.
Je lui donnai en même temps une déclaration constatant
que je désirais changer de direction et aller
en Perse par le Sistan, et tout fut dit.
i 24 septembre.— A peine avais-je reposé quatre
heures qu’on me réveilla pour partir. J’étais très-fatigué
et j’avais à peine la force de me tenir sur pied,
mais quitter Girishk était le plus ardent de mes désirs;
en le voyant se réaliser, je ne me fis point attendre. A
la place de mes habits européens qu’il m’avait enlevés,
je ne sais trop pour quel usage, le Serdar m’envova par
le Mounchi Feïz-Méhémed un costume complet d’Af-
ghan, neuf et propre, que je revêtis avec un indicible
plaisir, car celui dont j ’étais couvert recélait des poux
dans toutes ses coutures, malgré les efforts que j ’avais
faits pour éviter l’invasion de ces horribles insectes
sur ma personne. Je ne me rendais pas bien compte
de la raison pour laquelle (puisque je retournais en
Perse) le Serdar se refusait à me laisser passer par
Hérat; mais le Mounchi m’en apprit le motif. Méhémed
Sédik voulait m’empêcher de revoir Yar-Méhé-
med-Khan, qui aurait pu s’offenser qu’on eût si peu
fait honneur à sa recommandation à mon endroit. Or,
un pareil voisin était dangereux à mécontenter. Pour