
en a rriè re ; ceux-ci ne soutinrent qu’un instant le
choc imprévu des soldats et furent mis en complète
déroute. Les principaux Mollahs ayant été arrêtés, la
tranquillité se rétablit et nous pûmes nous livrer au
repos dont nous avions tant besoin.
Deux nuits de veille et de combats nous avaient
exténués. Je dormais profondément depuis trois
heures quand je fus réveillé par Lal-Khan. Il m’invita
à m’habiller pour monter à cheval immédiatement.
Ma première pensée fut de soupçonner une trahison;
mais en réfléchissant à la vigoureuse façon dont
j avais été défendu, j ’écartai cette pensée et devins
presque joyeux en pensant que j ’allais respirer l’air de
la rue.
« Où me mène-t-on? demandai-je à Lal-Khan.
— « Vous le verrez, » me répondit-il.
Je sortis de la maison et enfin de la ville en passant
par des trous pratiqués à la hâte dans les murailles,
afin d’éviter de passer par l’intérieur, où ma
présence faisait craindre de plus grands malheurs à
Kouhendel-Khan. Je franchis les remparts par une
poterne et trouvai, de l’autre côté du fossé, un cheval
que j enfourchai aussitôt, et nous nous mîmes eu
rpute au nombre de douze cavaliers.
Girishk.— 17 septembre.—Au lever du soleil nous
arrivâmes à Achoghân, village situé sur la route de
Girishk, vis-à-vis Takht-Singavi, sur la rive gauche
de l’Urghend-âb. Cette route, plus courte que celle de
la rive droite par laquelle j’étais venu, était pourtant
bien moins fréquentée que celle-ci, parce qu’elle est
moins bien tracée. Mon escorte s’arrêta pendant une
heure à Achoghân et apprit à la population que j ’étais
leFrengui qui depuis trois jours causait tant de vacarme
à Kandahar. Cette sotte confidence pouvait me
mettre encore dans l’embarras, mais j ’en fus quitte
pour des injures et des pierres que me jetèrent les enfants.
Les chiens eux-mêmes, flairant en moi un intrus,
me harcelèrent sans trêve; ce qui fit dire aux Afghans
qu’ils ne comprenaient pas pourquoi, entre chiens,
nous ne nous accordions pas. J’en étais arrivé à ce point
de ne plus m’offenser de rien , et du reste à quoi eût
servi de me fâcher?
Nous continuâmes notre route en allongeant l’allure
de nos chevaux, et je perdis bientôt de vue la
ville inhospitalière où, sans la fermeté de Kouhendel-
Khan, ou, pour mieux dire, sans la crainte que lui
inspiraient les Anglais, dont il me croyait le compatriote,
j aurais trouvé la mort. Lal-Khan me conta
en cheminant les diverses phases qu’avait suivies l’émeute,
et aux détails que j ’ai donnés ci-dessus il
ajouta ceux-ci. La réponse demandée à mon sujet à
l’Émir Dost-Mohammed était arrivée à Kandahar depuis
le 11 septembre. Il mandait à son frère qu’il aurait
consenti de grand coeur à me charger d’une mission
pour les Anglais, s’il n’avait eu à lutter contre
la violente antipathie que leur montraient son fils Mé-
hémed-Akbar-Khan et ses parents. Ces gens-là avaient
émis l’avis, dans un conseil tenu pour aviser aux
mesures a prendre vis-à-vis de moi, que si Yar-Mé-
hémed-Khan, après m’avoir d’abord signalé comme
un perturbateur, m’avait plus tard recommandé à
eux, c’etnit par suite d’une entente entre nous, entente
fit. 16