
la difficulté ne serait point insurmontable. Les Russes
eux-mêmes savent fort bien où ils devraient s’approvisionner
; il n’y a qu’à lire Mourawieff pour s’en
convaincre, et voici ce qu’il dit à cet égard :
« De nos jours, avec la connaissance que nous
« avons des localités de ce pays, on pourrait garantir
« le succès d’une pareille entreprise. Un corps de
« trois mille Russes, commandé par un chef déler-
« miné et désintéressé, acquerrerait aisément et gar-
« derait ce pays, dont la possession serait si avanta-
« geuse pour la Russie en raison de l’importance des
« relations de son commerce avec l’Asie..... A Khiva
« même, nous pourrions augmenter nos troupes, en
« recrutant les trois mille esclaves russes qui s’y
« trouvent et les trente mille Persans qui souffrent
« aussi impatiemment que les Russes les misères
« qu’on leur fait supporter. Quant aux vivres, où s’en
« procurerait-on ? A Rhiva même, où ils abondent. »
Ainsi, Anglais comme Russes s’accordent à reconnaître
les ressources du pays, et pourtant les premiers
aiment encore à se faire illusion sur l’impossibilité
qu’ils voient à franchir les déserts de la I artarie pour
arriver jusqu’à eux. Il faut cependant bien qu ils se
persuadent que lorsque leurs antagonistes seront déterminés
à passer dans l’Inde, de tels obstacles ne les
arrêteront pas. D’ailleurs, les Russes peuvent même
éviter complètement ces obstacles en associant et en
intéressant la Perse à leur entreprise ; un corps
expéditionnaire, embarqué dans les ports de Bakouh
et d’Astrakhan, débarquerait alors en toute sécurité
au Sud de la mer Caspienne et viendrait se concentrer
à Astérabad. Le Khorassan, qu’il faudrait ensuite
traverser, est un pays bien peuplé et très-fertile ; leur
armée y trouverait partout un accueil cordial et empressé
si elle conservait une scrupuleuse discipline.
Jusqu’à Kandaliar, elle ne rencontrerait plus de difficultés
sérieuses que dans le cas où les Anglais s’avanceraient
au delà de cette ville pour lui disputer le passage.
A cela près, les Russo-Persans pourraient constamment
cheminer dans des plaines suffisamment
pourvues d’e a u , de vivres et de combustible. S’ils
voulaient faciliter leurs approvisionnements en les faisant
peser sur la totalité de la population du Khorassan,
ils auraient à marcher sur trois colonnes : la
première, au Nord, en quittant Astérabad; suivrait
les rives fertiles du Gourghan, traverserait ensuite le
territoire des colonies kurdes établies à Boudjnourd
et à Koutchan, gagnerait de là le territoire de Charaks
et le Héri-Roud, à l’endroit où il va se perdre dans
les steppes, et remonterait son cours jusqu’à Hérat,
en parcourant un pays bien approvisionné.
La seconde colonne se dirigerait* au Sud, sur Châh-
Roud-Bostàne; là, elle se scinderait en deux divisions.
La première suivrait la route directe de Sebza-
Yar, Niehapour, Meched et Kussan ; la seconde ,
appuyant plus à droite, s’acheminerait par Turchiz ',
Khaff et Gorian, et l’armée entière* aboutissant à un
même point par les routes que nous venons d’indii
C’est la roule que suivit Sir J. Mac’Neil, lorsqu’il visita le
camp du Cliàh, devant Hérat, en 1838. Les troupes s’ÿhasardent
■rarement* à cause de la difficulté que l’on a de s’y procurèr dés
vivres et de l’eau.—Ed.