
ment russe, en passant par l’Asie centrale, sont sérieuses
sans doute, mais elles se trouvent beaucoup
plus dans le caractère des habitants de l’Afghanistan
et des États tartares, que dans le peu de ressources
des contrées à traverser. On a considérablement exagéré
leur pénurie et les obstacles tenant à la nature
du sol. Il est vrai qu’en cela, les relations de Mac-
Donnald Kinnear et d’Alexandre Burnes ont généralement
servi de base à l’opinion publique en Europe;
et que, tous les deux, ils se sont attachés à faire ressortir
ces difficultés avec une adresse remarquable :
toutefois, il est juste de convenir que Burnes n’a vu
que la route la plus difficile pour arriver à l’Inde.
Et pourtant, le manuscrit de ce dernier, dont^j’ai
été possesseur pendant plusieurs années, contredisait
ce qu’il a fait imprimer; d’ailleurs, Burnes reconnaît,
comme je le fais après lui, la possibilité de
transporter une armée d’invasion à travers les déserts
et les steppes du Turkestan et de l’Afghanistan : c’est
ce qui ne pouvait échapper à sa haute intelligence.
Néanmoins, la chose n’est pas facile, mais elle est
possible sur plusieurs points. Hâtons-nous d’ajouter
que les Anglais ont, èn tout cas, des chances de repousser
victorieusement l’attaque : pour cela, leur
vigilance doit être de tous les instants, et sans douie
une guerre européenne risquerait de leur faire perdre
complètement la partie.
En attendant, les Russes ne semblent pas avoir
abandonné le projet qu’on leur prête depuis si longtemps
d’étendre leurs conquêtes dans l’Asie méridionale,
et ils cherchent tous les jours davantage à se
rapprocher de l’Oxus et de Khiva. Les différentes
tentatives armées qu’ils ont faites pour s’emparer de
ces pays ayant échoué par l’effet de l’intempérie des
saisons et du manque d’aliments, ils ont adopté,
depuis sept ou huit ans, une méthode renouvelée des
Romains, qui est d’avancer doucement, mais sûrement.
Après avoir descendu le cours de l’Oural jusqu’à
son embouchure dans la mer Caspienne, ils se
sont transportés à celle de l’Embah, située un peu plus
bas au S.-E. et ont remonté son cours jusqu’au point
où, formant un coude au Sud, cette rivière se rapproche
le plus de la mer d’Aral. Ils ont établi une colonie
militaire en cet endroit et creusé des puits de
distance en distance dans le désert qui s’étend entre
l’Embah et cette mer. Autour de chaque puits, ils ont
en outre installé des familles de Kosaks qui fertilisent
le sol environnant et créent dés ressources dont la
contrée était précédemment entièrement dépourvue,
en sorte qu’avant peu d’années une armée de passage
trouvera des approvisionnements suffisants dans tous
les campements, et pourra gagner l’Aral sans difficulté
î| Deux autres rangées de puits ont encore été
établies par les Russes : l’une, partant de la rivière
Ourlou-Irghiz, aboutit à la pointe la plus septentrionale
de la mer d’Aral; l’autre, parlant de deux
localités, Menguechlak et Daeh-Kalèh2, situées sur la
1 C’esl effectivement par ces routes, récemment fertilisées,
que les Russes sont arrivés à Khiva en 1853. Il leur a fallu dix
ans et un corps d’armée pour faire les préparatifs de celle
campagne. (Noie de l'éditeur anglais.)
* Autrement dit Menguechlak, qui signifie les quartiers d'hiver
dans les marais, et Dach-Kalèh appelé aussi Alexandropol,