
quatre ou cinq heures et sans manger après une
course, ne fût-elle que d’une demi-heure, et qu’ils les
abandonnent ainsi toute la nuit si la course a duré
une partie de la journée. Ils ôtent la selle seulement
le matin,, pour en détacher le poil et la sueur qui se
sont attachés au coussin; puis ils ràclent le dos du
cheval avec un couteau et tout est dit. Si leurs chevaux
sont inoccupés au logis, ils leur enlèvent les fers
pour en éviter l’usure. Enfin, leur système hippique
se résume à être le moins pénible et le moins dispendieux
possible.
Après sept heures de m arche dans un steppe dépourvu
d'eau, par un soleil de feu et un simoun
étouffant dont nous souffrions beaucoup, nous nous
reposâmes à Hibrahimi, gîte déjà décrit, chez des
nomades amis de Mirza-Khan. Ces braves gens tuèrent
un mouton pour le bien recevoir et nous nous réconfortâmes
un peu dans leur tente hospitalière. Nous
repartîmes après trois heures de repos, et cinq heures
plus tard nous étions à Tchâh-Guèz, établis au milieu
d’un fort campement de nomades. Un des Sipahis
de mon escorte, portant sur la croupe de son cheval
la kourgine (besace) qui contenait mes hardes, déclara
en arrivant qu’il n’irait pas plus loin et retournerait
de là à Wachir, où nous l’avions pris.
« J’ai tué trois personnes à Ferrah, disait-il, je suis
« encore khouni (c’est-à-dire souillé par le sang dont
« il n ’avait pas payé le prix), et y retourner serait
« m’exposer à la peine du talion, ce dont je me soucie
« peu. *. . .
« — Puisque tu es en route, lui dit Mirza-Khan
« tu marcheras, dévrais-je te fàire attacher sur ton
« cheval : il fallait faire cette réflexion avant de
« partir.
« — Ma foi, elle ne m’est pas venue, répondit-il
« tranquillement, et si vous essayez de m’attacher,
« moi, je ferai en sorte de trouver le joint d’une de
« vos côtes avec la pointe de mon sabre. »
Après une longue discussion, cet homme proposa de
se faire remplacer par un habitant de la localité, mais
le remplaçant exigeait un ducat d’indemnité et je n’avais
pas un centime en ma possession. Mirza-Khan
coupa court à mon embarras. Secondé par les trois
autres Sipahis, il s’empara du cheval du récalcitrant,’
dont nous avions besoin, et on administra à son propriétaire
une volée qui détermina celui qui devait le
remplacer à m’accompagner sans exiger de rétribution.
Khourmalek.—5 octobre.— Distance de 6 farsangs.
La première et la dernière partie de la route se font
dans des plaines couvertes de prairies ou de marécages,
et la partie intermédiaire est coupée par des
montagnes pierreuses, d’une pente rapide et escarpée.
En sortant de Tchâh-Guèz nous laissâmes à
droite la route de Hérat, par laquelle j ’étais venu, et
nous marchâmes directement devant nous. Le flanc
des montagnes à droite est percé de nombreuses
excavations dans des positions élevées et aujourd’hui
inabordables, lesquelles, anciennement, servaient de
demeures aux habitants de la contrée. On y arrivait
sans doute par des anfractuosités de rochers qu’ont
entraînés les éboulements successifs. Au milieu de la