
la trouver. Ils mangent aussi fort peu. Ces nomades
marchent avec une célérilé dont il est impossible de
se faire une idée, et vont plus vite au pas que le meilleur
cheval à la même allure II en est parmi eux qui
peuvent fatiguer trois de ces animaux à la suite les uns
des autres avant de succomber eux-mêmes. Ils croient
fermement aux augures : le cri d’une bête féroce, la
vue d'un serpent, un vol d’oiseau, ou un troupeau
d’onagres qui se sépare, les arrêtent court au milieu
d’un voyage : ils ne partiraient jamais avant que la
journée marquée par un sinistre augure n ’ait fait
place à une autre, afin de laisser au sort le temps de
se modifier.
Leur activité se déploie surtout quand il s’agit
d’aller au pillage. Ils exécutent leurs razzias avec une
promptitude, une adresse remarquables et une rare
témérité. La vie n’est rien pour eux, ils l’exposent
pour une bagatelle, car le vol a pour eux un attrait
irrésistible. Dans leurs expéditions, ils se placent
deux, dos à dos, sur un dromadaire, pour voir dans^
toutes les directions, et franchissent en peu de temps
d’immenses distances. Ils battent ainsi les routes
méridionales de l’Afghanistan et s’aventurent jusqu’au
centre de la Perse, tuant ceux qu’ils ne peuvent
emmener captifs et faisant quelquefois d’énormes
courses pour une bagatelle. Un mouchoir,une guenille
suffisent pour exciter leur avidité. Ils reconnaissent
tellement eux-mêmes leur amour du vol, que deux
amis, deux frères et même le père et le fils voyageant
ensemble, se garderont bien de coucher côte à côte.
Au moment de dormir, l’un indique à l’autre un lieu
éloigné de lui de cent pas pour aller se reposer, et ils
jurent réciproquement par Pir-Kisri de ne pas se rapprocher
l’un de l’autre jusqu’au moment du départ. Ils
ont Fouie fine et le moindre mouvement fait par l’un
d’eux donne l’éveil à son compagnon, qui lui rappelle
son serment, Ils se tuent quelquefois entre eux pour
se dépouiller d’une mauvaise défroque qui ne vaut
pas 3 francs, et donnent une raison bien singulière
pour se justifier de cette passion du pillage. « Il y
« a quelque mille ans, disent-ils, Dieu a fait entre les
« hommes le partage des biens de la terre, d’une
« manière très-peu équitable. Soit oubli, soit à Finis
stigation de quelque mauvais génie, les Béloutches
« ne reçurent de lui qu’un sol aride et improductif.
« Cette exclusion était injuste, et il est très-naturel
« que nous cherchions à ressaisir sur les étrangers
« la part de biens dont nous avons été si injustement
« frustrés. »
Comme complément de justification, ils invoquent
l’étymologie de leur nom : bé en persan signifie à ;
leuct signifie nu, dépouillé. Par corruption, eux et les
Afghans prononcent leuchl ou loucht, et réunissant les
deux mots ils trouvent bé-loucht (à nu, dépouillé), d’où,
par conséquent, la preuve qu’ils sont venus au monde
dépouillés de leur part de biens, et par cela seul
autorisés à prendre partout où ils trouvent pour se
vêtir. A ceux que cette étymologie ne satisferait point
on pourrait proposer celle de Béled-Sislan (la contrée
du Sistan), dont par corruption on a fait Béloutchistan.
Les Béloutches détestent peut-être encore plus les
musulmans que tous les autres peuples d’une religion