
loutche est souveraiü absolu dans sa famille. Ces nomades
mènent une existence aussi farouche que celle
des bêtes féroces de leurs déserts. S’astreindre à l’observance
des lois, comme les autres peuples, travailler,
trafiquer comme eux, obéir à un maître est pour eux
chose impossible. La liberté la plus complète dans
leurs actions est un besoin impérieux de leur nature ;
ils sont orgueilleux de leurs crimes comme nous de
nos bonnes actions, et la peine du talion est la seule
loi en vigueur parmi eux. Quand il y a du sang entre
-deux familles, elles se vouent une haine qui survit à
tout, même à une réconciliation solennelle cimentée
par un mariage ou par l’entremise d’un saint homme
(pir). Les familles, dans ce cas, exercent l’une contre
l’autre une vendetta permanente. Leurs membres s’épient,
se traquent les uns et les autres, s’égorgent ouvertement
ou par surprise avec une barbarie incroyable.
Deux Béloutches de tribus ou de familles ennemies,
ne s’étant jamais vus, ont un instinct merveilleux
pour se deviner au flair, à l’odorat, comme des chiens
d’arrêt. Arrivés en présence, ils n’éclatent point en
fureur, mais s’observent un moment dans un complet
silence. Ce calme est l’avant-coureur de la mort de
l’un d’eux et souvent de tous les deux. Ils sont impitoyables,
et, faute d’armes, ils se déchirent avec tes
ongles, avec les dents, ou s’étranglent sans pousser un
cri. Je ne parle ici que de ceux qui habitent le Sistan.
Les Béloutches se disent musulmans, mais ils n’observent
point les règles prescrites par le Koranç leurs
idées religieuses sont un mélange d’islamisme, de
christianisme et d’idolâtrie, le tout assaisonné des
plus grossières superstitions. La plupart d’entre Cux
ne sont pas circoncis, ne jeûnent point, ne prient point,
et tout en reconnaissant Mohammed comme Prophète,
ils en placent un autre bien avant lui et immédiatement
après Dieu, avec lequel ils le confondent même
souvent. Son pouvoir est sans limite ; ils le nomment
Pir-Kisri : le mot pir signifie littéralement tnewæ>mais,
au figuré, il équivaut chez eux au mot saint chez
nous. Quand ils ont juré par Pir-Kisri, on péut se
fiera eux; mais dans ce cas seulement, Les Béloutches
sont élancés, bien conformés, nerveux. Leur teint est
olivâtre comme celui des Arabes et ces deux races ont
plus d’une analogie entre elles; leurs traits dénotent
l’astuce et la férocité. Ils sont insensibles aux privations
et supportent admirablement la fatigue ; les
courses les plus longues et les plus pénibles ne les
effrayent point. Les Afghans et les Persans voyagent
la nuit pour éviter la chaleur; eux non-seulement ne
la redoutent point, mais encore la recherchent autant
que les autres mettent de soin à l’éviter. Ils ne marchent
que d’un soleil à l’autre; avant son lever et
après son coucher ils ne font pas un pas : s’il dispa^
raît à l’horizon avant qu'ils soient arrivés au gîte, ils
couchent à l’endroit même où ils se trouvent. Ce qu’il
y a de plus extraordinaire dans leur organisation c’est
la facilité avec laquelle ils se passent de boire dans
leur pays brûlant; une fois en vingt-quatre heures
leur suffit, même en voyage. Ils ont d’ailleurs un
instinct particulier pour découvrir l’endroit où l’eau
est la plus rapprochée de la surface du sol, et ils
creusent rarement plus d’un mètre dans le sable sans