
les voir subir cette petite compensation des indignités
dont eux et leurs camarades avaient été si prodigues
envers moi, pour en diminuer l’appoint d’un
seul coup. Ce fut seulement lorsque la bastonnade
fut terminée, quand je vis leurs pieds en sang et leur
situation déplorable que je dis au Serdar ce que j ’avais
vu et entendu. Le mécontentement de Méhémed-
Sédik-Khan ne retomba pas sur moi : je fus logé de
nouveau dans la tour, il est vrai, mais je pouvais
descendre dans la cour et m’y promener pendant le
jour; il m’était môme permis de causer avec les habitants
de la forteresse. J’en profitai pour me renseigner
près du Mounchi, Feïz-Méhémed, sur un grand
nombre de points qui me concernaient, et dont je
n’avais pu encore éclaircir le mystère.
29 septembre. — Séjour à Girishk, pour préparer
l’escorte qui doit me mener à la frontière de Perse.
Zirek.—30 septembre.—Les quatre Sipahis commandés
pour mon escorte étant venus me prendre au
point du jour, je montai à cheval et partis avec eux.
Leur chef était un brave homme nommé Mirza-
Khan, dont la physionomie me plut au premier
abord. C’était la première fois qu’une créature à sentiments
humains était chargée de me conduire depuis
mon arrivée dans le Kandahar. Les ordres du Serdar
lui prescrivaient d’éviter Hérat et de me diriger directement
sur Ferrah, ville appartenant à Yar-Méhé*
med-Khan et gouvernée par un Mollah, dont il espérait
obtenir la coopération pour me faire passer à
Ghaïn en Perse. Après avoir cheminé pendant cinq
farsangs/en plaine, nous arrivâmes à Zirek, petit village
situé au pied des montagnes, à droite de la route
de Hérat, et vis-à-vis Malnnoud-Abad, où j ’étais resté
durant les premiers jours qui suivirent mon arrivée
auprès du Serdar.
liiabanak et Païvek. — 1er octobre. — Après avoir
parcouru 4 farsangs dans un pays de plaine, nous
arrivâmes à Biabanak, gîte déjà décrit, où nous nous
arrêtâmes pour laisser passer la chaleur du jour. Dans
la soirée nous remontâmes à cheval et bientôt nous
étions engagés dans de rudes chemins, à travers les
montagnes. Nous allâmes coucher ensuite à 5 farsangs
et demi plus loin, à Païvek.
Wachir.—2 octobre.—Au lever du soleil, nous
avions déjà franchi les deux farsangs qui séparent
Païvek de Wachir. Sultan-Khan, chef du district, fut
très-élonné de me revoir; il me croyait mort depuis
longtemps. Le Serdar Méhémed-Sédik lui avait écrit
de me fournir deux nouveaux Sipahis et un cheval, en
remplacement de ceux qui devaient retourner à Girishk
et y ramener ma monture. Sultan-Khan refusait
péremptoirement d’obéir à cet ordre, alléguant que
le Serdar le ruinai! de toutes manières en disposant de
son bien suivant son bon plaisir. Il fallut toute la
ténacité et les instances de Mirza-Khan pour le faire
revenir à des sentiments d’obéissance.
Kouhi-Duzd.-—3 octobre.—Le lendemain, un cheval
me fut amené par les nouveaux Sipahis de mon
escorte: La figure de l’un d’eux, fortement caractérisée,
me frappa au premier abord. Il me semblait
l’avoir déjà vue quelque part, sans pouvoir préciser
où et en quelle occasion. Ce nouveau-venu, en me