
gées, et nous les maintînmes ainsi à distance. Pendant
une heure et demie nous fûmes bloqués, menacés et
sommés par eux de nous rendre; notre unique réponse
était des balles que nous leur envoyions de
temps en temps. Tout à coup nous les vîmes fuir,
sans trop pouvoir nous rendre compte de ce qui les y
forçait. Un moment après nous eûmes le mot de
l’énigme en voyant arriver cinq cavaliers afghans se
rendant à Hérat, qui, moyennant une légère rétribution,
consentirent à rebrousser chemin et nous accompagnèrent
pendant deux heures.
En quittant l’escorte qui nous était venue si à propos,
nous continuâmes notre marche au grand trot et
nous arrivâmes bientôt après à Karakàne, petit village
de quinze feux, entouré de jardins, arrosé par
l’eau d’un kariz et peuplé de Parsivans.
En arrivant dans un gîte je savais bien vite distinguer
ces derniers des Afghans, à leur politesse,
à leur réserve et à leur attitude respectueuse révélant
un peuple vaincu et opprimé. Je remarquai cependant
qu’ils n’observent pas les lois de l’hospitalité
aussi largement que les Afghans. Ils font payer très-
cher les choses qu’on leur achète; sont âpres au
gain, actifs et trompeurs à l’excès. Je ne m’arrêtai que
pour déjeuner à Karakàne, puis une heure après j arrivai
à Biabanak, village enfermé dans une muraille
e n te rre et contenant soixante feux; ses nombreux
jardins sont arrosés par d’abondants cours d’eau. Cette
localité est située à l’issue des défilés des montagnes
et à l’entrée d’une vaste plaine. Je m’y reposai quatre
heures. Ayant appris là que le Serdar Méhémed-Sédik-
Khan, commandant de la forteresse de Girishk, pour
lequel Yar-Méhémed-Khan m’avait donné une lettre
de recommandation, ne se trouvait pas dans sa résidence
habituelle, mais dans une autre nommée Man-
moud-Abad, plus rapprochée de Biabanak, je pris un
nouveau guide et j ’arrivai à trois heures de la nuit
sous les murs de ce village, situé à cinq farsangs ae
cette dernière localité.