
montrant pas davantage le lendemain matin, je ne
pus obtenir de cavaliers d’escorte pour remplacer
ceux de Meched qui retournaient chez eux. Je
partis donc seul avec mes deux domestiques, car j ’en
avais pris un nouveau pour m’accompagner dans ce
voyage. 11 était déjà tard, le temps était horrible, la
neige épaisse, quoique fondante, et la route horriblement
défoncée : nos chevaux éprouvaient des peines
infinies pour avancer. Après avoir cheminé trois
heures, nous nous trouvâmes perdus au milieu d’une
vaste plaine recouverte de neige, et ne voyant nulle
trace de route. Enfin la neige ayant cessé de tomber
aussi dru, je pus distinguer sur notre gauche plusieurs
villages vers lesquels nous nous dirigeâmes.
Les portes en étaient fermées, et, aux cris que nous
poussâmes, une dizaine de personnes parurent au-
dessus des murailles, armées de fusils et la menace
à la bouche. Elles nous enjoignirent de nous retirer
au plus vite si nous ne voulions pas recevoir un salut
de gros plomb. Ces pauvres diables agissaient ainsi,
d’abord par la crainte des Turkomans et des Kurdes
qui pillaient leurs biens depuis deux mois, et ensuite
pour se préserver du choléra dont ils n’avaient pas
encore été atteints. Notre position était critique;
il n ’y avait pourtant pas à hésiter : nous continuâmes,
notre route. Un paysan que nous rencontrâmes une
heure après nous conseilla de faire un détour pour
éviter des Kurdes placés en embuscade dans un défilé
que nous allions franchir. Ce service demandait un
salaire, et j ’allais le lui donner, lorsqu’il eut la bêtise
de nous dire qu’il appartenait au village dont on nous
avait éconduils. Alors, malgré mes cris et ma défense,
mes deux domestiques lui administrèrent la plus rude
volée de coups de bâton qu’il eût jamais reçue, et
l’invitèrent ensuite à aller porter leurs compliments
à ses compatriotes inhospitaliers. Je souffris ce que
je ne pouvais empêcher et continuai ma route en
suivant les indications du pauvre diable bâtonné,
A minuit nous arrivâmes harassés à Zafferani, sans
avoir fait de mauvaise rencontre et je m’installai
comme je pus dans les ruines du caravansérail.
Sebz-Var.—25 décembre.— Le choléra n’était pas
venu là, quoiqu’il sévît en deçà et au delà.
Mehir.—26 décembre.—Gîte déjà décrit.
Mézinân.—27 décembre.—Gîte déjà décrit. Je rencontrai
là le prince Châh-Pour-Mirza. Le choléra s’était
produit d’une bizarre façon dans cette localité. Sur
cent quatre victimes qu’il avait faites on ne comptait
que deux hommes vieux et maladifs : toutes les autres
avaient été des femmes, à huit enfants près, dont le
plus âgé n’avait pas six ans.
Abbas-Abad. — 28 décembre. — Je me réunis au
prince Châh-Pour-Mirza pour franchir cette dangereuse
étape. Partis à minuit, par un temps obscur,
nous nous égarâmes d’abord et arrivâmes vers midi
au gîte, sans avoir éprouvé d’accident.
Miyamèh.—29 décembre.—Le prince voulut se reposer
un jour à Abbas-Abad, et je partis seul à mon
grand regret, car la route est peu sûre jusqu’à Châh-
Roud. C’est un hasard quand elle n’est pas battue par
les Turkomans. J’arrivai pourtant sans encombre
jusqu’au gîte de Miyân-Dacht ; mais les habitants