
daus cette chaude contrée, ne permet pas toujours
de suivre un itinéraire arrêté à l’avance ; la route
dépend des circonstances; de la saison et du mode
de locomotion dont on dispose. Ces motifs m’ont souvent
obligé à franchir tout d’une traite des espaces
assez grands et à cheminer un peu le jo u r, un
peu la nuit, d’une manière irrégulière; il ne faudra
donc pas trop se fier aux dates que je relaterai
pour mémoire seulement et approximativement. Les
distances que j’indiquerai d’un lieu à l’autre seront la
seule base exacte qu’on devra prendre pour établir un
calcul sur la distance à franchir et le temps qu’elle
nécessitera.
Adreskiân.— 23 juillet. — 9 farsangs à travers des
montagnes et quelques plaines. Les eaux qui, du côté
de Chabith, coulaient vers le nord, prenaient, sur le
versant opposé que nous descendions, la direction du
sud. Çà et là quelques tentes de nomades se projetaient
au loin à l’horizon, mais aux environs de la
route le sol était inhabité et sans eau; pourtant il
était passablement boisé. On traverse des forêts jusqu’à
Kandahar, et j ’en conclus que le tamarisc et
le mimosa, dont les épais taillis s’étendaient là
sur une vaste étendue, n’ont pas besoin d’une très-
grande humidité, puisque ceux-ci ne pouvaient
espérer que trois mois de pluies pour supporter neuf
mois d’excessives chaleurs. Je ne sais cependant
comment concilier cette observation avec la remarque
que j ’ai faite que ces arbres se trouvaient presque
toujours sur le bord des rivières. On en rencontre
des forêts le long de l’Euphrate, du Tigre, de L’Hir
mend, etc. On trouve à peu près partout, en Afghanistan,
des joncs nains assez tendres, dont les chevaux
s’accommodent volontiers, à défaut de paille.
Un voyageur peut donc camper à peu près partout
sans avoir besoin de charrier de la paille ou du
fourrage pour ses montures : il lui suffit d’avoir une
provision d’orge. Il n ’en est pas de même pour sa
propre nourriture , et il s’exposerait à mourir de
faim dans les steppes s’il n’emportait pas ses vivres.
Il lui faut aussi transporter de l’eau pendant l’été
et dans beaucoup d’endroits ; du reste, c’est chose assez
facile, au moyen de petites outres appelées mechk,
que l’on pend à l’arrière des charges. Sans cette précaution,
l’on mourrait infailliblement de soif dans
ces brûlantes régions.
De Hérat à Chabith on compte 8 farsangs : il y en
a 6 depuis ce gîte jusqu’à la rivière de Roud-Guèz,
ainsi nommée parce qu’elle coule à travers des forêts
de tamariscs* qui obstruent même son lit sur plusieurs
points. A 3 farsangs au delà se trouve Adreskiân,
petit caravansérail bâti en terre avec un puits desséché
à côté; 1 un et l’autre sont l’ouvrage des Anglais*,
qui en ont construit de semblables de Kandahar à
' Tamarisc, en persan, guèz.
* Entre le Khacbek-Roud et Hérat, on trouvait des caravansérails
échelonnes à environ trente ou cinquante milles les
uns des autres. Ils étaient tous en fort mauvais état et avaient
serv. pendant de longues années de refuge à des brigands afghans
ou béloutcbes, plutôt qu’à de paisibles voyageurs et à des
caravanes On assurait qu’ils avaient été bâtis par l'ordre de
Uiah-Abbas. La plupart étaient vastes et très-bien distribués
quoiqu en général ils n’eussent jamais été achevés.—Ed
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