
différente; ils ne sont pas aussi hospitaliers envers les
étrangers que les autres nomades de l’Asie, et il est
dangereux de se fier à eux. Ils considèrent les Européens
comme des réprouvés, tirant leur origine des
génies, et ayant des rapports avec le diable qui leur-
a appris le moyen de faire de l’or, le pouvoir de jeter
des" maléfices et l’instinct de trouver les trésors
cachés. L’ardeur qu’ils nous voient mettre à explorer
les ruines les confirme encore davantage dans cette
opinion. Chez eux ils vivent dans la plus complète
oisiveté, Les femmes et les enfants s’occupent seuls
des cultures et des troupeaux, dont ils tirent un
grand profit. Ils vendent la laine des moutons et
tissent celle des chèvres et des chameaux pour s’en
faire des tentes et des habits, L’etoffe en est tellement
serrée qu’ils en confectionnent des sacs où l’on met le
lait, l’eau et les autres liquides, sans qu’il s’en échappe
une goutte. Les vêtements faits en cette étoffe sont
pour la saison pluvieuse ; l’été ils les ont en coton, et
ces vêtements consistent en une tunique serrée à la
ceinture et en un pantalon large. Ils portent le turban
lié comme les Arabes et non comme les Afghans.
Leurs cheveux sont rasés sur le devant de la tête; ils
laissent pousser le reste, qui tombe flottant sur leurs
épaules.
Si tous les Béloutches du Sistan capables de porter
les armes étaient réunis en corps d’armée, ils présenteraient
certainement un effectif de trente à trente-
cinq mille hommes, tous excellents fantassins. Les
chevaux étant rares dans leur pays, il faut considérer
la cavalerie comme n’existant pas chez eux. Leurs
armes sont la lance et le sabre, pourtant ils ont aussi
quelques fusils à mèche et de mauvais pistolets. Ils
se servent en outre soit du bouclier indien recouvert
d’une feuille de cuivre, soit d’une peau d’éléphant
ou de rhinocéros. Ils sont aussi fanfarons et infatués
de leur courage^ que les Afghans, mais peut-être
avec plus de raison que ceux-ci, qu i, bons pour
fournir une charge, reçoivent mal le choc et ne tiennent
pas sous le feu de l’artillerie. Les Béloutches, au
contraire, sans être plus savants qu’eux dans l’art de
la guerre, les surpassent en ténacité et en bravoure.
Ils restent fermes sous le feu de l’ennemi et l’abordent
avec une merveilleuse audace. Ils s’attachent les uns
aux autres, par pelotons de dix et par le pan de leur
tunique, afin d’être bien certains qu’aucun d’eux ne
fuira, où que si quelqu’un tombe blessé il sera secouru.
Dans ce dernier cas, quatre serre-files, [»lacés
derrière les pelotons, détachent la tunique du blessé,
relient celles de ses voisins et le portent à l’écart,
puis les autres continuent à combattre. Ils meurent
sur place en véritables héros, et il n’y a pas de meilleurs
soldats en Asie.
Ferrah.—7 novembre,—14 farsangs en 10 heures
et en plaine, en suivant la rive gauche du Ferrah-Roud,
au milieu de taillis de tamariscs et de tag. Le sol
s’exhaussait toujours devant nous; nous vîmes un
seul village, mais beaucoup de ruines et de tentes de
nomades.
Nous arrivâmes à Ferrah à la nuit tombante. Rien
ne saurait peindre la stupéfaction du Mollah, Mah-
moud-Akhoud-Zadèh, en me voyant revenir; il était