
furent là tous les renseignements que put me fournir
Lal-Khan.
Nous retournâmes à Girishk en suivant les bords
de l’Urghend-âb, qui, sur plusieurs points, traverse
un désert de sables mouvants. La chaleur était des
plus fortes, l’atmosphère lourde et menaçante. L’eau
était saumâtre, même celle de cette rivière, et je
m’en gorgeai fort mal à propos, car, au lieu de calmer
ma soif, elle l’irrita au contraire davantage. Plusieurs
villages assez riches sont situés sur les bords
de cette petite rivière, et nous passâmes successivement
par Demrazi, Pindjwaï1, Spirvàne, Tuloukh,
Mouchàne, Kalèh-Pirabad, Kalèh-Chémir, Tchech-èh
et Bend-Timour, où le chef de mes guides avait une
mission à remplir. D e là , nous obliquâmes à droite
en traversant le désert pour gagner Girishk, où nous
arrivâmes après avoir parcouru vingt farsangs dans
celte journée.
18 septembre.—Je tombai de nouveau au pouvoir
du Serdar Méhémed-Sédik-Khan, qui me fit incarcérer
dans la chambre haute où j ’avais déjà passé de si
pénibles journées, et plaça une sentinelle à ma porte.
Je devais rester au secret le plus absolu. Le brave
Mounchi, Feïz-Méhémed ne put obtenir l’autorisation
1 Dans la première période de la domination des Mahomé-
lans, s’élevait en cet endroit la ville principale du district et l ’on
y trouve encore des ruines très-imporiantes. Ce fut tout près de
là qu’en 1841, le général Nott rencontra les Douranis et, qu’a près
leur avoir livré bataille il les força à' se retirer. Ils revinrent
sur le champ h Kandahar et attaquèrent aussitôt la ville,
qu’ils faillirent prendre.—Ed.
de me parler. Cependant, tout le temps que je
restai là, nous trouvâmes le moyen de communiquer
par la terrasse; mais nos conversations étaient rares;
la prudence nous interdisait de les multiplier. Il passait
aussi sous ma croisée et me faisait quelques signes
à la dérobée. L’expression de sa figure et de ses gestes
était le thermomètre où se graduaient mes espérances
et mes craintes : ce fut là ma seule distraction.
La route de Hérat passait, il est vrai, sous ma fenêtre,
et quand des voyageurs s’y montraient, j ’aurais bien
voulu avoir des ailes pour les suivre; tous étaient
instruits de ma détention et levaient presque toujours
la tête pour m’apercevoir; souvent même, quand je ne
répondais pas à leur appel, ils lançaient des pierres
dans ma chambre, ouverte sur la route par suite de la
chute du mur, afin de m’obliger à paraître pour entendre
leurs insultes ou leurs grossières plaisanteries.
Je passai là encore de bien tristes moments.
19 septembre.—J’avais espéré partir pour Ilérat le
jour même de mon arrivée à Girishk, car tel était
l’ordre formel de Kouhendel-Khan ; mais je me trompais.
Méhémed-Sédik-Khan n’en avait pas encore complètement
fini avec moi. Il feignit d’abord de me
montrer un certain intérêt et me proposa de me faire
conduire dans l’Inde par des gens à lui, en passant
par le Sislan et Chikarpour. Il ne demandait pour cela
qu’une simple déclaration de ma part constalantqu’cn
le priant de me diriger par cette voie, j ’acceptais les
risques et périls du voyage et l’en déchargeais entièrement.
Ne me doutant pas de l’arrière-pensée que
cachait cette proposition, je l’acceptai avec joie; et la