
dignation : les ministres ne purent sauver leur vie
qu’en certifiant que le prince était vivant. Un moment
calmés par cette assurance, les soldats attendirent le
retour de Péehora-Sing jusqu’au lendemain, et ne
l’ayant pas vu arriver, ils se livrèrent à un tumulte
effroyable qui menaçait de dégénérer en révolte.
La reine, voyant l’imminence du danger, prit la
courageuse résolution de leur dévoiler la vérité, et
les négociateurs de la veille retournèrent au camp
pour leur apprendre la mort du prince et leur
représenter l’inutilité de leurs menaces et de leurs
lamentations, car rien ne pouvait le ressusciter :
elle concluait à la résignation et au retour du calme,
seules choses rationnelles en pareil cas. Cette déclaration
valut force mauvais traitements aux envoyés,
et, après les avoir mis à la garde du camp, les troupes
vinrent se poster sous les murs du palais, où elles
poussèrent des cris affreux, enjoignant à la reine et à
son frère de venir justifier leur conduite sous peine de
mort, et les avertissant de leur intention de remplacer
Dhalip-Sing par un fils de Chir-Sing encore vivant.
Les pourparlers se prolongèrent jusqu’au 30 septembre.
Djovaher-Sing voulait que l’on se défendît
dans le palais jusqu’à la dernière extrémité et préluder
à sa défense par un nouveau crime. Le fils
de Chir-Sing était dans ses murs et il voulait qu’on
jetât sa tète aux insurgés1 : l’un des ministres prisonniers
à la garde du camp arriva heureusement
sur ces entrefaites, envoyé en parlementaire par les
» Ces circonstances peuvent être vraies, mais elles n’ont jamais
été racontées par aucun écrivain avant M. Ferrier.—L.
troupes ; il persuada la reine de l’inutilité de ce nouveau
crime et de la complète sécurité où elle pouvait
être pour sa propre vie et celle de son tils Dhalip-Sing.
Maharani-Chauda une fois convaincue, et se voyant
du reste successivement abandonnée de tous ses serviteurs,
ne refusa plus de se rendre au milieu des
soldats. Dans la soirée du 21 septembre, elle s’achemina
vers le camp, situé dans la plaine de Miyân-
Mir, portée en palanquin et suivie du régent et du roi
Dhalip-Sing, montés sur le même éléphant : une
très-mince escorte de femmes et de serviteurs dévoués
les accompagnait. A moitié chemin, ils rencontrèrent
plusieurs bataillons d’infanterie qui accouraient
dans la plus grande irritation, pour aller
donner l’assaut au palais, parce qu’ils croyaient que
la reine refusait toujours de venir se justifier; mais
en la voyant arriver accompagnée de son frère et de
son fils, ils se rangèrent silencieusement de chaque
côté du cortège royal et l ’escortèrent jusqu’au camp;
La reine fut d’abord retenue prisonnière dans une
tente de soldats; on ordonna ensuite au cornac de
l’éléphant monté par le Maharadjah de faire agenouiller
l’animal; et, comme cet homme n’obéit pas
assez promptement à l’ordre qu’on lui avait donné,
on lui tira un coup de fusil dont la balle le blessa
grièvement au côté. Dhalip-Sing descendit enfin et
on le plaça en surveillance dans la même tente
que sa mère : puis l’éléphant fut remis sur pied,
portant encore Djovaher-Sing, auquel la permission
de descendre n’avait pas été accordée. Les soldats
déchargèrent leurs fusils sur lui presque à bout porii.
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