
que nous fûmes heureux de trouver pour servir d aliments
à nos montures. Je me jetai avec avidité sur cette
eau bourbeuse et infecte et me désaltéi ai à longs traits;
son mauvais goût ne m’arrêta point, et je bénissais le
ciel de me l’avoir procurée. Je la vomis pourtant une
demi-heure après et ne m’en servis plus désormais
qu’après l’avoir filtrée et fait bouillir avec un peu de
menthe sauvage. Mes guides, de leur côté, se mirent
à la besogne pour préparer notre dîner. Le pain se
composait de farine d’orge délayée dans l’eau et conservant
assez de consistance pour être plaquée sur des
cailloux ronds qu’ils jetèrent, ainsi revêtus, dans un
feu de roseaux. Sa cuisson laissait beaucoup à désirer,
mais il n’en fut pas de même d’un agneau que le
Mollah Mahmoud nous avait donné au moment de
notre départ; après qu’on l’eût vidé et écorché, on le
dépeça en petits morceaux que l’on enveloppa dans
sa propre peau, puis on le déposa dans un trou assez
profond, au fond duquel étaient des pierres rougies
au feu ; d’autres pierres, également rougies, furent
placées par dessus, et le tout fut recouvert de terre.
Quatre heures après, nous mangeâmes un rôti que
l’on demanderait vainement aux premiers restaurateurs
de Paris ou de Londres. Rien n ’égale en saveur
et en délicatesse celui que préparent ainsi les Afghans.
Khach. — 22 octobre. — Distance de 7 farsangs à
travers une plaine aride et déserte. Nous trouvâmes
sur notre route, à cinq farsangs de Khouspas, un lieu
nommé Basring, où existait au commencement de
l’année un village habité par des Parsivans, tout récemment
exterminés par les Beloulches. 11 y restait
encore les traces d’un puits, d’où nous retirâmes à
grand’peine un peu de mauvaise eau ; elle calma un
peu la soif que nous occasionnait le Simoun, soufflant
toujours avec beaucoup d’intensité. Ce fut avec bonheur
que nous arrivâmes vers le soir sur les bords de
la rivière Khach-Roud. Le cours de cette rivière, appelée
aussi Khachek-Roud, est inexactement tracé sur
la plupart des cartes de l’Asie centrale, sans excepter
même celle de A. Burnes. Les géographes lui font
prendre sa source dans les montagnes du Siah-Bend,
et tracent son cours directement du Nord au Sud ; ils
la font tomber dans l’Hirmend, à Kouh-Nichine, tandis
qu’elle ne coule dans cette direction que jusqu’au
Kouki-Duzd, entre Wachir et Hadji-Hibrahimi. Elle
forme là un coude, tourne subitement au S.-O., et va
directement tomber dans le lac du Sistan. A cette
époque de l’année son lit est habituellement presque
à sec et très-fourni de roseaux où se cachent beaucoup
d’oiseaux aquatiques. Le Khach-Roud est bordé par des
taillis de tamariscs, de mimosas et de palmiers nains, à
l’ombre desquels pousse une herbe maigre, qui
sert à la nourriture des troupeaux. Son lit est assez
encaissé dajis la partie supérieure de son cours et, à
l’endroit où on le traverse pour aller à Wachir, il
faut encore descendre près d’une demi-heure de
chaque côté pour y arriver ; mais il s’exhausse aussitôt
après avoir dépassé le Kouhi-Duzd, et les habitants y
pratiquent de nombreuses saignées pour l’arrosement
des cultures. Ses rives sont aussi parfois cultivées à
proximité des rares villages échelonnés lé long de son
cours, et habités par des Afghans ou des Béloutches.
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