
morte à Bénarès. Sa fermeté bien connue était un
obstacle aux plans des protecteurs. L’obstacle une
fois abattu, on se garda bien de calmer le ressentiment
et la turbulence des Siks. Ce système devait
bientôt porter ses fruits.
En 1848, un de leurs chefs, Diwan-Moulradj, gouverneur
du Moultan, préluda à la révolte par le meurtre
de deux officiers anglais, MM. Vans-Agnew et An-
derson, poussé, dit-on, à cet acte par ces mêmes ministres
de Dhalip-Sing qui devaient leur pouvoir aux
Anglais. A ce signal la révolte s’étendit danstout l’Ouest
du royaume, depuis Moultan jusqu’à la province des
Hézarèhs, dans le Nord. Diverses circonstances autorisèrent
d’abord la supposition, et ne laissèrent bientôt
plus aucun doute, que Goulab-Sing favorisât l’insurrection.
Le Serdar Tchatter-Sing et son fils Chir-Sing,
après avoir quitté le parti des Anglais, tenaient contre
eux la campagne avec des forces assez considérables,
tandis que Moulradj arrêtait une partie de leurs
forces sous les murs de Moultan où il s’était enfermé.
D’un autre côté, les Afghans ayant à leur tête Dost-
Mohammed-Khan, de Kaboul, vinrent se mêler à la
partie et la compliquer. Les Anglais avaient là un
rude fardeau sur les bras; leurs opérations militaires
furent d’abord loin d’être heureuses, et plusieurs
échecs que leur firent éprouver les Siks leur apprirent
bientôt tout le danger de leur position. Dirigeant
et concentrant aussitôt de nouvelles forces sur Lahor,
ils leur donnèrent ensuite la direction nécessitée par
les événements, et le général Gough, commandant en
chef des troupes britanniques dans l’Inde, vint en
personne diriger les opérations militaires du Pindj-
âb. Le 22 novembre 1848, il rejoignit un des chefs
insurgés, le Serdar Chir-Sing, campé avec son
armée sur les bords du Tchènab, près d’un gué connu
sous le nom de Rainnagguer, et lui livra une bataille
inutile où les troupes britanniques firent de
grandes pertes, surtout en officiers; à vrai dire, le
triste résultat de cette affaire fut bientôt compensé
par un succès capital.
Le 21 janvier 1849, le général Wich, chargé du
siège de Moultan, avait obtenu la reddition de cette
place, qui entraîna la capture de Moulradj, premier
instigateur de la révolte. Cet événement aurait
été considéré comme un fait décisif devant entraîner
la fin de la guerre à l’avantage des Anglais, si dans
le moment où il arrivait un échec bien autrement
grave que celui de Ramnagguer n’était venu causer
les plus vives appréhensions sur la pacification du
Pindj-âb. Dans un moment de fatale inspiration, le
général Gough, sans avoir suffisamment étudié le
terrain et combiné ses moyens d’action, s était décidé
à livrer une nouvelle bataille à Chir-Sing, campé à
Tchilliàn-Walla.
C’était le 13 janvier 1849. La bataille fut sanglante,
et les Anglais, allant se heurter contre des dispositions
habilement prises par leurs adversaires, eurent la
douleur de voir leurs meilleures troupes (trois régiments
de cavalerie européenne) se débander devant
les Siks avec tant de précipitation qu’ils n’eurent dans
leurs rangs ni un mort ni un blessé. Telle était leur
ardeur à la fuite que, passant sur le ventre de leur