
d’eau en tout temps. Le désert sablonneux empiète fort
peu et sur de très-petits espaces le long de cette route :
rien ne s'oppose à ce que les Anglais, suivant l’exemple
des Russes, n’y fassent creuser des puits de distance en
distance, et n’établissent autour de petites colonies
tout à la fois guerrières et agricoles : de cette manière
ils atteindraient promptement l’Hirmend. Parvenus
sur ses bords, ils ne seraient plus qu’à six ou sept jours
de marche de Hérat. Le pays qu’ils auraient fertilisé
s’enrichirait bien vite parle passage continuel des caravanes
venant de la Perse et du Turkestan. A l’heure
qu’il est, ces caravanes font un grand détour par Kandahar
pour arriver à l’Inde, et suivent une route qui,
faute d’être protégée, est très-dangereuse. Elles adopteraient
certainement avec empressement celle qui
serait en même temps la plus courte et la plus sûre.
Pour faciliter l’appréciation des choses de l’Afghanistan
aux personnes qui s’en occupent, nous allons
jeter un coup d’oeil rapide et sommaire sur la position
respective des souverains des trois principautés qui
se partagent maintenant ce pays.
L’Émir Dosl-MoUammed-Khan, chef afghan de la
tribu des Barukzéhis, règne aujourd’hui dans la
principauté de Kaboul, et tient le premier rang dans
l’Afghanistan. Depuis son retour de l’Inde, diverses
circonstances, et entre autres l’influence qu’a prise sur
les Afghans son fils et héritier présomptif, Méhémed-
Akbar-Khan, ont diminué son autorité et rendu ce
dernier presque tout-puissant dans les affairés; c’est
donc de lui que nous-allons nous occuper d’abord.
Quand son père mourra, le pouvoir ne lui arrivera
probablement qu’à travers d’immenses difficultés ;
et, s’il est assez fort pour les surmonter par son courage,
on ne peut consciencieusement en dire autant
sous le rapport de ses autres qualités. Ce prince n ’a
été désigné comme son héritier, par l’Émir Dost-
Mohammed, que parce qu’il est né d’une mère appartenant
à la noble tribu des Popolzéhis. Il a un
frère aîné, nommé Méhémed-Efzel-Khan, qui a été
exclu du trône parce que sa mère était de basse
extraction; elle appartenait à la tribu montagnarde
des Benguechis. Tout porte à croire que Efzel-Khan
disputera vivement le pouvoir à son cadet, quand le
moment en sera venu. Les autres frères de Méhémed-
Akbar n ’ont pas moins d’ambition que lui. Les fils de
Dost-Moharnmed sont :
Méhémed-Akrem-Khan ;
Méhémed-Chérif-Khan ;
Méhémed-Émin-Khan ;
Sultan-Dj âne -Khan.
Méhémed-Efzel-Khan ;
Méhémed-Azim-Khan ;
Méhémed-Akbar-Khan ;
Goulam-HaïdarKhan ;
Chir-Djâne-Khan ;
Méhémed-Akbar-Khan, Méhémed-Efzel-Khan et
Méhémed-Azim-Khan passent pour les plus braves
parmi les fils de l’Émir, et Méhémed-Akrem-Khan
pour le plus sage et le plus intelligent1. Après Akbar-
Khan, Goulam-Haïdar-Khan est celui que préfère
Dost-Mohammed ; mais les Afghans lui reprochent
1 Akbar et Akrem sont morts depuis que M. Ferrier a écrit
ceci. Goulam-Haïdar est maintenant l’héritier reconnu de Dost-
Mohammed, mais comme il est notoirement d’un caractère faible
et indécis, il remplira fort mal la place de son père.
Nawab-Djabbar-Khan est également décédé.—Ed.