
au profit de FEmpereur Nicolas. Les Anglais ne deviendront
d’ailleurs réellement, redoutables pour la
Perse que le jour où, s’étant rendus maîtres de Hérat,
ils y entreront en vainqueurs. Comme ils auront alors
un pied en Perse de ce côté, de même que les Russes
l’ont au Nord sur les bords de l’Araxe, ils se montreront
sans doute aussi exigeants que ceux-ci; et, si la
ruine d’un de ces deux'colosses n’en résultait pas, il
serait fort possible que la Perse, se scindant en deux
parties, servît à faire les frais d’un rapprochement et
à établir les bases d’un voisinage paisible entre ces
deux géants asiatiques.
Quoi qu’il en soit, cette invasion n’est qu’une éventualité
peu probable ; je n’en parle ici que pour mémoire,
car tant que l’Angleterre sera l’alliée de la
France (et elle le sera si sa politique est droite et sincère),
la Russie ne pourra espérer la conquête de
l’Inde. Il lui restera trop de besogne en Europe pour
qu’elle ait le loisir de s’occuper de l’Asie. 11 n’en
serait pas ainsi certainement si, renonçant à l’alliance
anglaise, la France s’unissait à la Russie; mais, dans
tous les cas, la France ne doit pas perdre de vue que
le concours quelle prêtera sera surtout utile à son
alliée. Il est donc non-seulement du devoir, mais
encore de l’intérêt de son gouvernement, de faire ses
conditions avant d’entrer dans une lutte, car sans
cela elle risquerait de n’être plus assez riche pour
payer sa gloire, ainsi que l’a voulu naguère un de ses
hommes d’État les plus éminents.
Disons-le encore une fois avant de terminer cette
digression : il serait très-hasardeux de se baser sur les
sympathies ou la haine que portent aux Anglais ou aux
Russes les populations de l’Asie centrale, et d’en déduire
qu’elles prêteront leur appui aux uns ou aux
autres. Il est impossible de compter sur la stabilité
des sentiments de ces hommes grossiers, et je le répéterai
encore, afin que cela soit bien et définitivement
compris : la réussite d’une invasion dans l’Inde
contre les Anglais est avant tout une affaire d’argent
; et encore, même après avoir payé les Afghans,
il est souvent dangereux de se fier complètement à
eux.
Ce que nous venons de dire suffirait, je pense, pour
éclairer les Anglais s’ils ne l’étaient déjà. C’est à eux
de profiter des jours de paix qu’on leur laisse -pour
conjurer des événements qui nuiraient à leur puissance,
des embarras qu’on peut leur susciter dans un
temps plus ou moins éloigné.
Avant de terminer cet exposé, il n’est peut-être pas
inutile de dire quelques mots sur les roules qui traversent
la contrée habitée par les Eïmaks et les
Hézarèhs (la Paropamisade). Les Afghans, qu’ils
viennent de Balkh, de Kaboul, de Kandahar ou de Hérat,
ne s’aventurent jamais dans les montagnes de ces
intrépides nomades. Les difficultés du sol y sont pourtant
moins grandes qu’on ne se l’est figuré jusqu’ici ;
mais, toutes les fois qu’ils se sont dirigés de ce côté,
dans les temps passés, ce fut pour piller et massacrer
les habitants; il s’ensuit qu’aujourd’hui on leur y fait
la guerre comme à des bêtes fauves. Les Afghans
aiment donc mieux faire un long circuit pour aller
d’une ville à l’autre, que de s’exposer à une mort