
suivant que le dromadaire, le cheval ou le piéton
marchent plus vite ou plus lentement.
28 octobre.— Nous restâmes cette journée à Goultchin,
pour nous reposer un peu de nos fatigues, et le
Ketkhoda nous traita aussi splendidement que le lui
permirent les ressources bornées de la localité. 11 fit
tuer quatre agneaux et un jeune chameau, qu’on assaisonna
en divers ragoûts fort appréciés de mes
Afghans, qui les avalèrent jusqu’au dernier morceau.
Ils firent en celte occasion ce qu’ils appellent kharabi-
singurm, une énorme destruction. En voyant ces
gens-là vivre avec si peu pendant plusieurs mois, il
est impossible de comprendre comment ils peuvent
manger tant de choses sans s’étouffer, quand arrive
pour eux un jour d’abondance. La chose la plus désagréable
pour un Européen, dans ces contrées si peu
connues, c’est la mauvaise qualité du pain. Celui de
seigle, que mangent les paysans du Mórvan et du Charoláis,
e s tte n t fois supérieur au pain de froment dont
les Béloutches et les Afghans font usage : il est noir?
pâteux, presque cru, mêlé de sable et de.brins de paille,
et sa vue seule soulève le coeur. Quand il est desséché,
il ressemble aux pains de graine de colza dont on a
retiré l’huile et qu’on donne en France aux bestiaux
pour les engraisser. Nous nous estimions pourtant
fort heureux quand nous pouvions en trouver dans les
villages, car les habitants n’en cuisent que les jours
de fête ; la plupart du temps ils mangent du maïs où
de l’assa-foetida, assaisonnés au kourout. Ce n’est pas
toutefois parce que le froment est rare dans le Sistan,
qu’ils n’en mangent que peu ou point; on en récolté
au contraire une assez grande quantité dans
cette province ; mais ses habitants vont tout vendre
à Hérat, à Kandahar, ou à Kerman, et l’on pourra se
faire une idée de la valeur de l’argent dans cette
contrée, en apprenant, qu’à l’époque où j ’y passai, le
kharvar (350 kilos) de froment s’y vendait 3 saheb-
krans ( 3 fr. 60 cent.), et celui d’orge, 2 saheb-krans
et demi ( 3 fr. ) l’un.
Djiàne-Abad.—29 octobre.— A minuit, nous nous
mîmes en route. La rive droite du fleuve étant battue
par les Béloutches-Ser-Bendis et offrant quelques
dangers, nous passâmes avec un radeau sur la rive
gauche. Ce côté était moins peuplé de pillards,
mais à coup sûr il l’était plus que tout autre lieu
en gibier et en bêtes féroces, dont, pendant notre
marche , nous fîmes lever une grande quantité.
Nous ne vîmes sur notre route que peu de tentes de
nomades, et nous nous tînmes assez loin d’elles. Nos
dromadaires marchaient bon tra in , aussi, à midi,
nous étions arrivés à la tour d’Alem-Dar, où nous
revînmes sur la rive droite, après avoir attendu plus
d’une heure que les Béloutches, gardiens du radeau
fussent arrivés pour nous passer.
Depuis Dichou, les bords de l’Hirmend sont beaucoup
moins cultivés et habités que dans la partie
moyenne de son cours, à partir de Girishk jusqu’à
Mala-Khan. Cela ne peut pourtant tenir atix qualités
du sol, car il offre toutes les conditions désirables
aux agriculteurs et aux pasteurs pour obtenir de
bons et nombreux produits. Il est couvert de prairies,
et cultivable, en moyenne, sur deux kilomètres en