
— l i ne
renferment aucune inscription qui puisse mettre
l'archéologue sur les traces de leur origine.
Je ne pouvais d’abord comprendre qu’il y eût tant de
chameaux dans une contrée si montagneuse, car ces
animaux ne sont propres aux transports que dans les
plaines ; mais j ’ai su depuis qu’on ne les y gardait en si
grand nombre que pour avoir la laine nécessaire à la
confection des bareks, qui rapportent de très-grands
bénéfices : de p lu s ,_les Eïmaks peuvent, m’a-t-on
dit, se rendre avec leurs chameaux dans toutes les
principautés qui les entourent, en évitant les montagnes.
Dans quelque direction qu’ils veuillent aller, ils
peuvent, en faisant des détours, circuler presque
constamment dans des vallées. La configuration des
pics les plus élevés de la Paropamisade indique que,
pour la plupart, ces pointes rocheuses furent anciennement
des volcans ; leurs flancs contiennent de nombreuses
sources thermales. Les richesses minérales
de cette contrée sont très-grandes : on y trouve de
l’or, de l’argent, du cuivre, du fer, du plomb, du
soufre, de la houille, des ru b is1 et des émeraudes,
mais aucune mine n’est exploitée.
Le pays que j ’ai indiqué sous le nom de Paropamisade
*, à l’exemple des auteurs anciens, n’est pas connu
1 Ceci demande une explication. Le rubis bien connn de Balass
rient du Badakcban, au nord-ouest, tandis que les émeraudes se
trouvent plus à l’est ; mais dans cette partie de la chaîne des
montagnes qui s’allonge entre Kaboul et Hérat les pierres précieuses
sont inconnues.—Ed.
* L’on trouve pour la première fois ce nom dans les inscriptions
de Darius, où la chaîne de montagnes de Gaudara est nommée Pa-
ru-Parisanna. Le mot Paru en sanscrit signifie montagne.—Ed.
sous cette dénomination par ses habitants, qui n ont
aucun mot pour le désigner dans toute son étendue ;
ils n’en parlent jamais qu’en nommant la tribu qui
l’habite ou le chef qui la commande. Comme, par
exemple, Velayet Firouz-Kouhi, le pays des Firouz-
Kouhis, Mulk Hassan-Khan-ben-Zohrab, le territoire
d’Hassan-Khan, ben-Zohrab, etc.
J’ai compris dans la Paropamisade tout le pays montagneux'enfermé
dans le cercle formé par Hérat, Meï-
mana, Balkh, Bamian, Ghaznèh, Kélat-Ghaldjéhi,
Kandahar, Zémindavar et SakharL On peut considérer
ce territoire comme une immense forteresse jetée au
centre et au point culminant du grand plateau asiatique;
de quelque côté qu’on l’aborde il faut, pour y
arriver, franchir de rudes et hautes montagnes qui le
coupent encore intérieurement dans plusieurs directions,
surtout de l’est à l’ouest.
Les voyageurs qui se succéderont dans les royaumes
musulmans de l’Asie centrale feront d’inutiles recherches,
d’infructueuses observations pour donner
des notions exactes sur le sol et les populations de ces
contrées; ils ne pourront jamais avoir qu’une précision
d’actualité, et cela tient à la multiplicité des revirements
politiques, qui y amènent incessamment le
déplacement de tribus entières;'des changements dans
la direction des cours d’eau, qui font en un jour un
amas de ruines d’une cité florissante la veille, tandis
qu’une autre s’élèvera, avec ses débris, plus ou moins
loin d’elle, sans qu’on soupçonne son existence au
1 Ce lieu se trouve sur les frontières entre Gour et Hérat.