
« appliquer. Le lendemain de ma délivrance, j ’allai,
a comme de coutume, faire ma visite au Vézir-Sahëb.
« L'ignorant Mirza-Asker, le plus prononcé de mes
« antagonistes, m'avait devancé au palais. Je vis tout
« de suite à la couleur de son visage qu’il élait atteint
« du choléra. Il ne s’en doutait pas, l'ignorant ! Par
« humanité, je l’avertis et lui indiquai la manière
« de sé tra ite r; mais comment fuir sa destinée!
« Mirza-Asker était le mécréant désigné dans mon
* songe parles deux étrangers. Effectivement il mou-
« rut six heures après, et alla rendre compte à Dieu de
« tous les assassinats (que Dieu les lui pardonne !)
« qu'il avait commis de son vivant avec ses mé-
« chantes drogues. Mon songe, ses résultats et mes
« succès dans le traitement du fléau, furent bientôt
a connus de la population entière de cette cité, qui
« ne tarda pas à bénir mon nom, que ce fourbe
a d’Asker avait vilipendé. Aujourd’hui ma réputa-
« tion est à son comble, et je ne puis suffire à tous
« mes malades. » Après avoir écouté, non sans rire,
cette longue tirade de Goulam-Kader-Khan, débitée
d’un ton assez bouffon, je le félicitai sur ses succès
et lui témoignai ma satisfaction de le voir encore
vivant ; mais il ne se contenta point de cette
assurance verbale, et voulut une attestation écrite
pour la mettre sous les yeux du Vézir, afin de le convaincre
qu’il était bien le médecin dont je lui avais fait
l’éloge, le croyant mort. A celte demande il en joignit
une autre un peu plus, bouffonne : il me supplia de
lui envoyer de Téhéran des ciseaux à lames plates et
effilées, pour opérer les cataractes nombreuses auxquelles
les Hératiens sont sujets. Je lui donnai l’écrit
et me contentai de lui promettre les ciseaux, que je
ne lui envoyai jamais, dans l’intérêt de ses malades.
Les juifs sont aussi consultés en qualité de médecins
à Hérat, et même comme sorciers. Ils y sont assez
nombreux, surtout depuis la persécution dont ils ont
été l’objet à Meched. Malgré la défense de quitter cette
dernière ville et les fortes amendes qu’on leur impose
quand ils sont pris en flagrant délit, ils ne cessent de
venir à Hérat, où ils pratiquent librement leur culte,
efficacement protégés par le Vézir, et se livrent en
sécurité au commerce, qu’iis y font prospérer.
Les Indiens sont aussi eh petit nombre à Hérat,
mais pour la plupart immensément riches et considérés,
malgré leur humilité. Le commerce que l’Inde
fait avec cette ville est, à peu d’exceptions près, entre
leurs mains. Le Vézir les estime beaucoup, et ils
sont fermiers de presque tous les apalthes. L’un
d’eux, nommé Tçhatrou, venait d’être assassiné un
peu avant mon premier passage, et Yar-Méhémed-
Khan faisait tous ses efforts pour découvrir le meurtrier
et le mettre à mort. Ceux que je vis à Hérat y
vivaient depuis plus de vingt ans, sans s’en être
jamais absentés, et leurs femmes n’étaient jamais
venues les rejoindre, Pourtant l’un d’eux avait à ses
côtés un jeune fils d’une quinzaine d’années, récemment
arrivé de Chikarpour, ou demeurait sa mère.
Je ne compris pas, à vrai dire, que son père et sa
mère eussent pu l’engepdrer en restant ainsi éloignés
l’un de l’autre; mais Séyid-Elias, négociant afghan,
ayant fait de nombreux voyages dans l’Inde et con