
rare. Il se posa tout (le suite en ami vis-à-vis de moi ;
pourtant, malgré mille subtilités que j ’employai
pour découvrir le but réel de sa visite, rien ne put
m’en donner une idée exacte. On ne saurait s’imaginer
combien la dissimulation est facile aux Asiatiques
, même aux enfants : les Afghans se laissent
pourtant pénétrer plus facilement que leurs voisins,
mais Mohammed-Alem-Khan me parut devoir être
placé en dehors de cette règle ; il me donna pour
seul motif de sa visite le désir qu’il avait de se perfectionner
dans la langue anglaise en conversant
avec moi. Avec quelques livres et à l’aide d’un
Mounchi qui savait à peine épeler les lettres de
cette langue, il était parvenu à en comprendre le
génie, à l’écrire et à la parler un peu. C’était une organisation
surprenante. Du reste, la branche des Méhé-
medzéhis, à laquelle il appartient, se compose de gens
qui font une remarquable exception parmi les
Afghans; leur intelligence est aussi développée que
celle de leurs compatriotes est bornée. La visite de ce
jeune homme me fit passer la seule heure agréable
dont j ’eusse encore éprouvé le charme depuis mon
entrée dans le Kandahar.
8 septembre.—Depuis ma visite à Kouhendel-Khan
on me faisait faire maigre chère; il m’était difficile
de concilier ce traitement avec l’accueil quasi-bienveillant
du Serdar. Pourquoi ne me traitait-il pas
pas comme avant ma visite? Voilà ce dont je ne me
rendais pas compte: du riz ou du maïs cuits à l’eau,
eu bien une pastèque, étaient depuis deux jours mon
invariable ordinaire ; mais comme c’était encore bien
plus Confortable que ma nourriture de Girishk, je me
croyais suffisamment heureux et ne réclamai qu’un
peu de thé ou de bouillon dont mon état maladif me
faisait vivement sentir le besoin; cependant ma demande
fut repoussée. Mohammed-Alem-Khan,auquel
j ’adressai des réclamations à ce sujet, dans la seconde
visite qu’il me fit, m’assura que son oncle avait donné
l’ordre de me fournir tout ce dont j ’aurais besoin. Je
le crus d’autant mieux que j ’avais remarqué l’énorme
pilau, les viandes et les fruits que les Sipahis apportaient
deux fois par jour au logis. Ils les mettaient en
réserve jusqu’au soir, parce que, je ne sais à l’occasion
de quelle fête, les musulmans jeûnaient alors toute la
journée pendant plusieurs jours. Quand la nuit arrivait,
mes gardiens dévoraient ces aliments en affamés
sans m’en donner une parcelle. Malheureusement
pour eux, mes réclamations au neveu du Serdar amenèrent
un changement dans leur régime réconfortant,
et je fus pourvu le jour même de ma nourriture
habituelle, accompagnée par un valet des cuisines
de Kouhendel-Khan, qui ne se retira que lorsque je
fus rassasié, emportant les miettes, sans permettre à
mon entourage de loucher au moindre piaf.
9 septembre.—Le lendemain, la même chose se renouvela.
Lal-Khan et ses acolytes, furieux de ce que
je leur avais fait retirer une ration si confortable, s’en
vengèrent en m’accablant d’injures; leurs regards lançaient
des éclairs et je vis bien qu’ils cherchaient un
motif pour me faire une vilaine affaire; toutefois,,mes
souffrances antérieures m’avaient rendu indifférent
à tout ce qui pouvait m’arriver, et je m’endorinissans