
Sédik-Khan avait reçu Tordre de venir Tassiéger et
de le réduire. Une centaine d’hommes enfermés dans
Mala-Khan résistèrent pendant plusieurs semaines
aux efforts tentés contre eux, et ils fussent sortis
victorieux de là lutte, malgré le nombre et la vigueur
des assaillants, si la crédulité d’Assad-Khan ne les
eût entraînés avec lui à leur perte. Méhémed-Sédik
parvint à attirer ce dernier dans son camp, en
jurant sur vingt Korans réunis dans un plateau qu'il
ne lui serait fait aucun mal, qu’il désirait seulement
s’entendre avec lui pour arrêter l’effusion du sang, et
que, dans le cas où un arrangement ne résulterait pas
de leur entrevue, il le laisserait libre de retourner
dans sa forteresse. Assad-Khan, croyant à un serment
si solennel, se rendit à l’invitation de son ennemi, qui
l’arrêta et le déposséda de Mala-Khan. Assad trouva
heureusement l’occasion de s’évader après un an de
captivité; il se réfugia à Ferrah, où Yar-Méhérned-
Khan lui fit la concession d’un terrain sur lequel il
s’établit avec ceux qui avaient suivi sa mauvaise fortune.
L’espoir d’être agréable au Yézir-Saheb et d’obtenir
une bonne récompense l’engagea à réclamer la
dangereuse mission de m’escorter.
Dans iout autre pays que celui-ci, deux heures eussent
suffi pour faire nos préparatifs de voyage; mais
dans un lieu dénué de ressources comme Ferrah, trois
jours se passèrent avant d’avoir pu réunir dix outres,
dix sacs à orge, des souliers et des manteaux pour les
hommes de mon escorte. Quelles que fussent mes
plaintes, nous ne partions pas; enfin le quatrième
jour fut invariablement fixé pour se mettre en route;
par malheur, je ne sais quel astronome ayant annoncé
dans le ciel une constellation contraire aux
voyageurs, le départ fut encore ajourné.
Kariz-Makou. — 20 octobre. — Le lendemain, à
midi, Assad-Khan n’était point encore arrivé, et je le
donnais à tous les diables Enfin il parut : je pensais
que nous allions partir, mais j ’avais trop compté
sur des Afghans. Les chevaux de l’escorte n’avaient
pas un fer aux pieds, et il fallait en trouver, chose
assez difficile. On voit où aboutissaient les supplications
que je faisais depuis six jours au Mollah Mahmoud
pour presser nos préparatifs. Sa réponse était toujours
celle-ci : « Tout va bien, tout est prêt. » Puis il
riait avec tant de bonhomie en disant cela, qu’en vérité
il n ’y avait pas moyen de se fâcher. Enfin, cette
fois, je montrai de la mauvaise humeur et lui déclarai
mon intention de modifier mon itinéraire et de retourner
à Hérat. Le pauvre homme faillit devenir
fou en m’entendant parler ainsi. Il soupçonnait que
si j ’exécutais ma menace, je me plaindrais de lui à
Yar-Méhémed-Khan ; il courut alors de l’un à l’autre,
priant, injuriant, bétonnant, s’arrachant la barbe et
donnant la preuve d’un désespoir que j ’aurais bien
voulu lui avoir épargné. 11 prit chez l’un du sel, chez
l’autre de la farine, des fers, etc., deux heures après,
il arriva, ruisselant de sueur, m’annoncer que tout
était prêt. Je montai immédiatement à cheval, et le
Mollah m’accompagna jusqu’à une certaine distance
de la ville, escorté par vingt cavaliers. 11 prit alors
congé de moi, me faisant force protestations d’amitié,
et me priant de ménager une douzaine de rosses, lui