
est impossible de s’arrêter à l’idée d’en tenter l’escalade.
Ce fort n’est abordable que du côté du sud, par
une pente roide, mais accessible pour d’autres
que des assaillants. Du côté du nord, il y avait un
aqueduc, aujourd’hui ruiné, qui amenait l’eau du
Tchalap-Dalàne dans la ville : quelques-uns de ses arceaux
sont encore debout; il y en avait deux rangées
superposées l’une à l’autre. Leurs débris recouvrent
le sol.
Kalèh-Singui est très-rapprochée de Kalèh-Kaïssar.
Elle est ainsi nommée à cause des matériaux qui sont
entrés dans sa construction, car singui signifie pierre.
Cette forteresse couronne aussi une éminence aplatie
dans sa partie supérieure. Ses murailles d’enceinte
sont construites en pierres mal taillées, mais assez
grosses, placées les unes au-dessus des autres sans aucun
ciment, ce qui ne les empêche pas d’être très-solides,
puisqu’elles ont résisté aux tentatives destructives
des Afghans et aux effets du temps : les pans de ces
murailles sont couverts de plantes grimpantes et l’intérieur
de la ville n’a plus d’autres habitants que les
bêtes fauves. L’eau arrivait dans la ville par deux
aqueducs semblables à celui de Kaïssar, et se rendait
dans un vaste bassin situé au centre do la forteresse;
quelques tronçons de colonne gisent sur les bords de
ce bassin, et laissent supposer qu’il était primitivement
entouré d’une colonnade dont il ne reste que ces seules
traces. Au nord-est on rencontre une route assez bien
conservée, pavée de fragments de rochers, qui conduisait,
dit-on, à Ghaznèh. C’est chose rare en Asie
qu’une route ainsi construite, car les chemins y sont
tous tracés au hasard par le passage successif des
voyageurs, et jamais on ne les entretient.
Yar-Méhémed-Khan, craignant que-ces deux ruines
ne fussent Utilisées et restaurées par les rebelles, venait
d’ordonner au Serdar de les faire détruire de fond
en comble avant de quitter le pays.
Fakhr-Abad, située à deux heures plus loin, vers le
sud, est encore habitée par des Mongols; mais, aujourd’hui,
c’est tout au plus une bourgade. La ville
est entourée de vastes ruines et l’on m’a assuré qu’on
trouvait dans le sol des monnaies antiques d’or et
d’argent en assez grande quantité.
Ce sont aussi des Mongols qui campent autour de
Kalèh-Singui et de Kalèh-Kaïssar.
Je pense qu’il serait inutile de faire des recherches
sérieuses pour arriver à savoir quelles sont les
races d’hommes, connues sous les noms d’Eïmaks,
qui habitent la Paropamisade. Ces peuples se sont
tellement mélangés, leur origine est si incertaine,
leur ignorance si grande sur ce sujet, qu’il faut re noncer
à un pareil travail : les suppositions qu’on
pourrait faire à cet égard ressembleraient beaucoup à
ces étymologies tirées par les cheveux, à l’aide desquelles
on a construit bien des édifices dont la base repose
dans le vide. J’ai déjà dit qu’on comprenait sous
le nom d’Eïmaks toutes les tribus nomades qui descendent
des anciens conquérants de la Paropamisade, et
qui parlent la langue persane. Elles ont du reste entre
elles une conformité de moeurs, une ressemblance
physique et une tendance si prononcée à se confondre,
surtout quand il s’agit de résister aux Afghans et aux