
cernent de ce siècle ont mis ensuite en relief la valeur
réelle de ses soldats. 11 fallut cependant le fatal désastre
de 1812, désastre dont l'intempérie des saisons
fut la principale cause, pour lui donner cette in~
fluence qu'elle a conservée depuis. De cette époque
date l’importance réelle de la Russie ; dès ce moment,
elle ne perd aucune occasion de peser de tout son
poids sur l'Europe : sa vigilante prévoyance se montre
surtout lorsque, toujours favorisée par les événements
politiques, elle coopère â l'édification du royaume
de Grèce ; ensuite elle asservit les Tartares. Après le
traité d’Andrinople, son influence à Conslantinople
devient presque souveraine; le traité de Turkomant-
chaï assure également son influence sur la Perse.
Libre, dès lors, du côté de l’Asie, elle tourne ses regards
vers l'Occident et se dispose à arrêter dans leur
essor les événements de 1830, en France; mais son
avant-garde polonaise fait volte-face, elle se rue sur
elle et tient pendant quelques mois l'épée de Damoclès
suspendue sur sa tête. Grâce à cette généreuse diversion,
l'Europe pourra encore se dire libre; mais la
Pologne qui s’est sacrifiée pour elle, réduite à ses
propres forces, rentre sous la domination impitoyable
dont elle a voulu s’affranchir. Le gouvernement russe
impuissant, cette fois, à asservir l'Europe, se rejette
de nouveau sur l'Asie, et pousse avec plus d’ardeur
que jamais sa marche envahissante de ce côté : il se
rapproche à la fois de Constantinople et de Hérat, il
n’est point question pour lui d’aller à la recherche
d'inexpugnables frontières, car ses États sont couverts
au sud-est par des obstacles naturels très-redoutables.
Cette marche envahissante est la continuation de la
volonté ferme et persévérante de Pierre le Grand ;
cette volonté tend à la domination universelle ;
Pierre le Grand l'a léguée à ses successeurs; tous
ont essayé autant qu’il était en eux de la faire
triompher. l’Empereur Nicolas surtout y met sa
gloire, il ne veut point mourir avant d'avoir étendu
son Empire jusqu'à l’Indus, en Asie, et jusqu’aux
Dardanelles en Europe. Ce projet ambitieux se révèle
dans tous ses rapports avec le Sultan ; dans la
pression qu’il fait peser en 1836 et 1837 sur le Châh
de Perse, en l’obligeant à aller assiéger Hérat : les
échecs qu’il subit ne le rebutent point, ils ne font
que le rendre plus tenace et plus vigilant que jamais.
Mais pour être complètement dans le vrai,
hâtons-nous d’ajouter que l ’Empereur Nicolas n’a
que faiblement fait usage de la ruse et de l’adresse,
si souvent employées par les Anglais pour se donner
les apparences du droit; son droit, il l’a puisé
dans la force de ses armées et s’est fort peu préoccupé
de ce qu’on en pouvait penser. Profilant habilement
de la faculté qu’on lui a laissée d’asservir la Turkie et
la Perse, il en a fait des vassales. L’occupation des
provinces Moldo-Valaques qu’il s’était réservée par le
traité d’Andrinople lui a permis de peser sur le Divan
de tout son poids, quand il a voulu l’effrayer. Il s’est
autorisé de ce même traité et de celui de Turko-
mantchaï pour attirer dans les provinces transcaucasiennes
les populations arméniennes soumises aux
Turks et aux Persans. Enfin il n ’a négligé aucune occasion
de se poser en arbitre entre le Sultan et ses su