
de l’oubli beaucoup d’autres scènes pareilles. Celte fois l’o pinion
publique s’est irritée tout de bon. La presse entière s’est
soulevée contre de pareils actes; mais c’est surtout au Bombay
Times, le journal le plus grave et le plus considéré de la colonie,
que doit revenir l’honneur d’avoir donné le premier l’exemple
d’une vertueuse indignation. Nous trouvons dans son Leading
article du 30 mai 1846 ces expressions remarquables : « Nous
pensons qu’en voilà bien assez pour faire monter la honte avec
le sang sur la joue de tout honnête Anglais. Jusqu’ici nous
n’avions pas encore pillé les appartements des princesses, ni
stimulé le courage de nos soldats en leur partageant des vêtements
et des bijoux de femme... ceci est le comble de l’infamie.
.. Hélas ! cette conquête du Sind, quelle sale et triste page
elle présente dans l’histoire! Mais nous aurons notre récompense.
Des actes tels que ceux-ci ne vont pas sans leur punition,
même dans ce monde. Fasse le ciel que nous n'ayons pas
quelque jour, dans l’Inde comme à Caboul, à boire la coupe d'expiation
jusqu'à la lie! »
Rendons toutefois justice à l’armée anglaise de l’Inde : le
cri d’indignation poussé par la presse a trouvé dans ses rangs
un écho presque universel. Un grand nombre d’officiers ont refusé
d’avance de recevoir leur part du butin , et dans plusieurs
corps on a même commencé une souscription pour racheter certains
ornements qu’il était facile de reconnaître comme ayant
appartenu aux princesses. Le fait est cependant que la vente
n’en aura pas moins lieu , malgré les infâmes moyens qui ont
fait tomber ces trésors aux mains des capteurs...
Comte de ***.'
Je borne mes citations à ce long extrait de l’article de la
Revue des Deux-Mondes. J ’en passe et des plus belles, car, s’il
fallait suivre les journaux anglais dans les détails qu’ils donnent
sur cette malheureuse conquête du Scinde, on pourrait penser
que je prends plaisir à l’invoquer pour m’en faire une arme
contre le gouvernement indo - britannique. Telle n ’est pas
mon intention ; ce que j’ai dit suffit, je le pense, pour que ma
pensée soit comprise. Je n’approûve pas les Anglais d’employer
des moyens que réprouve notre morale pour agrandir leur
Empire, et pourtant je ne les vois pas sans plaisir (sauf les réserves
que j’ai faites plus haut), dominer dans une contrée où
ils peuvent jeter des germes de civilisation, qui, en les fécondant,
effaceront peut-être un jour les traces du système machiavélique
qui les en a rendus maîtres.