
savaient parfaitement que les Siks allaient leur fournir
des raisons légitimes pour les attaquer, qu’ils sont
restés jusqu’au bout vis-à-vis d’eux dans un système
de réserve ostensible tout à fait en opposition avec la
tactique occulte dont ils usaient depuis bien des
années pour rattacher le pays des cinq rivières à
leurs possessions. Aujourd’hui ils y dominent, et il
ne nous reste plus que quelques mots à dire sur la
manière dont ils y sont arrivés.
La province du Pindj-âb fut élevée au rang d’un des
plus florissants royaumes de l’Hindoustan par le génie
naturel d’un homme de basse extraction et totalement
illettré. Rindjit-Sing n’était d’abord qu’un petit chef,
nommé gouverneur de Lahor par le roi des Afghans,
Zémàne-Châh ; mais favorisé par les dissensions survenues
entre ce prince et ses frères, il se rendit complètement
indépendant et ajouta bientôt à la possession
de la province confiée à ses. soins1 celle de
Kachmir, de Pechaver, de Kohat, de Dèrrè-Ismaël et
de Moultan. Cet accroissement de territoire le rendit
alors l’égal en puissance, si ce n’est le supérieur,
de ses anciens maîtres.
Les Anglais, ses voisins du Sud, ne \ire n t point sans
jalousie s’élever à côté d’eux un État qui pouvait un
i Rindjit n’étendit pas ses conquêtes jusqu’à Kachmir, Moultan,
Pechaver et même au dèlà du Djelam avant de s’être assuré
des intentions pacifiques des Anglais. On hésite à croire qu’il
prit jamais l’avis des officiers français attachés à son service
pour attaquer ses voisins. Le caractère de ce chef a été décrit
avec une grande exactitude dans l’ouvrage intitulé: l’Aventurier
au Pindj-âb.—L.
jour arrêter leurs envahissements vers le Nord; aussi
essayèrent-ils, dès le principe, de le miner par des
menées souterraines habilement conduites et pouvant
laisser croire au Maharadjah qu’ils désiraient s’allier
sincèrement avec lui.
Cependant Rindjit pénétra leurs desseins, et pour
se donner plus de chances de leur résister avec succès,
dans le cas où un conflit viendrait à surgir entre
eux, il utilisa les services de plusieurs officiers, anciens
serviteurs de l’Empereur Napoléon (MM. Allard,
Court, Ventura et Avitabile, les deux premiers Français,
le troisième Piémontais, le dernier Napolitain),
dont la réputation est assez honorablement établie
en Europe pour que je puisse me dispenser de faire
d’eux, ici, un éloge dont d’autres se sont si bien
acquittés avant moi. Je ne puis taire cependant
qu’en organisant l’armée des Siks à la française, ces
officiers ne devinrent pas seulement le bras droit de
Rindjit, mais que, par leurs sages conseils, ils surent
encore préserver ce souverain des entraînements belliqueux
qui pouvaient compromettre sa réputation
d’habileté et sa puissance naissante. Ce n ’est pas là le
moindre service qu’ils lui rendirent ; ceux qui en ont
jugé autrement en Europe ne connaissent ni l’Asie ni
le caractère de ses habitants, et encore moins les ressources
de tout genre possédées par la Compagnie
des Indes.
Quoi qu’il en soit, Rindjit évita toujours de se
compromettre avec les Anglais, et sans cesser de
se méfier d’eux il entretint constamment des relations
amicales avec leur gouvernement, qui s’em