
.trois coupe-jarrets dont j ’étais escorté me jetaient
toujours à la face, c’est qu'ils se fatiguaient et détérioraient
leur santé à mon service. Bien qu’ils fussent
grassement payés pour cela, j ’avais lieu, en
outre, de m’étonner du genre de leurs plaintes, car ils
me laissaient à peu près faire toute la besogne et dormaient
au gîte presque tout le temps que nous y
restions : si je n’avais surveillé les bagages, nous aurions
été dévalisés dès la première étape et ils auraient
probablement eux-mêmes commencé le pillage. Le
plus souvent j’étais obligé de faire la cuisine pour
ne pas mourir de faim, et les provisions de-route
faites à grands frais, à mes dépens, étaient presque
entièrement absorbées par eux; car, les scélérats ! ils
réduisaient ma ration aux proportions les plus-minimes
pour rendre la leur plus forte *.
* lo u t porte à croire que les hommes qui accompagnaient
M. Ferrier à sa sortie de Bérat avaient des instructions du
Vézir-Saheb sur la manière dont ils dévoilât traiter le voyageur.
Yat-Mehémed ne se souciait pas qu’il fût content de son voyage.
Si les gens de Hérat n’avaient pas encouragé les Afghans dans
leur impertinence, ils n’auraient jamais pris tant de privautés.
La biavade relative au nombre d Anglais tués par eux n’est à
mon avis qu’une vantardise. Quelques-uns de ces Nourzéhis
d’Adreskiân avaient peut-être pris part à l’attaque contre les
Anglais qui eut lieu à Kandabar, tout près de là. Mais le plus
grand nombre n’avaient probablement pas vu d’autres Frenguis
que ceux qui faisaient partie de la Mission de Hérat, et ils
n’avaient aucun sujet de haine contre eux.
Les circonstances dans lesquelles le D1’ Login avait accompli
son voyage entre Hérat et Kandabar, lorsqu’il quitta la Mission,
étaient vraiment tres-diiférentes. Le but de son expédition était
de portei des depeches et des présents à Kandabar pour les
envoyer en Angleterre, et de rapporter des espèces en souve-
Tant de contrariétés et de soucis me remplirent de
tristesse et de mélancolie, et je me pris à regretter mon
pays. Mes souvenirs se reportèrent vers la France,
vers ceux que j ’y avais laissés, et je sentais le courage
prêt à m’abandonner. C’est qu’aussi personne ne peut
se figurer ce que ma position avait d’horrible en
compagnie de ces misérables, au milieu de ces
immenses solitudes où la chaleur, le manque d’eau,
ne sont qu’une partie des inconvénients qu’on y rencontre.
Ce n’est que de loin en loin qu’on trouve des
habitations où l’on puisse s’approvisionner. Souvent
un quart ou une demi-livre d’un pain grossier a été ma
nourriture de toute une journée. Quand je surmontais
un obstacle c’était pour retomber dans un autre plus
grand, et une privation que je m’imposais m’avertissait
qu’il faudrait les subir toutes. Il est d’autant plus
difficile de se procurer ce dont on a besoin dans cette
contrée, que l’argent y étant fort rare, les nomades ne
rains d’or, pour l’usage de la Mission. Il devait en outre inspecter
la ligne de cavaliers et de fantassins échelonnés sur la route,
voir comment étaient protégés les voyageurs et se concilier les
différents Khaïls des Afghans nomades qu’il trouverait sur son
chemin. Il y réussit complètement. Le pouvoir qu’il avait sur les
gardes de la roule et l’escorte de dix à douze hommes bien armés
qui l’accompagnait ne lui servirent pas plus que son titre de
Ekim-Frengui. On l’accueillit partout avec bonté et civilité.
Les Afghans nomades sont, il faut le dire, la race la plus malpropre
qui soit au monde; mais ils se comportèrent convenablement
pendant le voyage du docteur Login, qui ne s’aperçut
en rien de cette insolence dont parle M. Ferrier. Du reste, tout
ceci ne prouve nullement que M. Ferrier n'ait pas dit vrai, car
la narration de son voyage est d’un bout à l’autre des plus véridiques,
des plus exactes pour la topographie, comme aussi des
plus intéressantes.—L.