
iellement désappointé qu'il me regardait sans pouvoir
dire un mot : il écouta silencieusement le récit
d’Assad-Khan et finit par s’écrier que celui-ci était un
brigand, un coquin, dont l’intention était de le déshonorer
en voulant faire croire qu’il n’avait pas assez
bien pris ses mesures pour la réussite de mon voyage.
« Que dira le Vézir? s’écriait-il à chaque minute, je
« suis un homme perdu, ruiné, infortuné ! » Enfin il
sortit après une heure d’une espèce de prostration et
s écria : « Je suis sauvé, car v ous repartirez dans cinq
« jours ; je sais où trouver des dromadaires. » Malheureusement,
cette ressource de son imagination
devint inutile par suite du parti bien arrêté que j ’avais
pris de m’en tenir à ce qui m’était arrivé et de ne
plus tenter de nouvelles aventures. Il finit par se résigner
et se contenta d’une attestation écrite que je
lui délivrai pour reconnaître ses bons services. J’en
fis de même pour Assad-Khan; cependant celui-ci ne
crut pas sa responsabilité suffisamment à couvert, et
voulut m’accompagner jusqu’à Hérat, quoique sa
blessure mal fermée le fît encore cruellement souffrir.
8 et 9 novembre.—Je me reposai pendant deux
jours à Ferrali de mes fatigues du Sistan, avant de
me remettre en route pour Hérat. Pendant mon premier
séjour dans cette ville, et avant d’avoir reçu la
réponse de Yar-Méhémed-Khan m’autorisant à aller à
Chikarpour, j ’avais, dans la prévision d’un refus de sa
part, conçu le projet de rentrer en Perse par Toun et
Tébbès, et de me rendre par Yezd et Kerman à Bender-
Bouehir. Dans cette prévision, je m ’étais renseigné
près d’un certain Mechédi-Hadi, chamelier de Ferrah,
qui depuis trcnle*cinq ans, parcourait ces vastes solitudes.
Il m’avait indiqué tous les gîles avec une scrupuleuse
exactitude, au dire de ses compatriotes. Je les
relate ici; car, sans accepter complètement la responsabilité
des détails qu’il m’a fournis, je les crois pourtant
exacts : ils pourront servir autant aux géographes
qu’aux personnes appelées à voyager en Perse. J’ajouterai
qu’il serait impossible de figurer exactement
les distances sur la carte en les mesurant au compas
et à vol d’oiseau ; on doit tenir compte, là plus que
partout ailleurs, des grands détours qu’il faut faire
pour éviter les obstacles, de terrain, que les Asiatiques
s’occupent très-peu à aplanir, et pour trouver
de l’eau.
Roule directe de Ferrah à Nichapour.
De Ferrah à Kaléhi-Khan.—r 10 farsangs. Village
environné d’une muraille en terre; quatre .cents
maisons, habitées par des Persans.
Duron.—14 farsangs. Village fermé; trois cents
maisons, habitées par des cultivateurs et pasleui’s
de race arabe.
Serbichèh. — 12 farsangs. Village fermé; quatre
cents maisons, habitées par des cultivateurs, pasteurs
et caravaniers de race persane.
Moud.—5 farsangs. Village ouvert; quatre cents
maisons. Population persane.
Boudj.-H farsangs. Village fermé ; trois cents
maisons. Population persane.
Birdjân.—V farsangs. Ville fermée; mille maisons.
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