
Asiatiques et connaissant bien la langue persane, dont
les cheveux ne seraient point blonds, ni les yeux
bleus ou verts, portant leur costume et se conformant
à leurs usages, pourrait, je crois, les visiter
comme négociant persan, en dissimulant sa nationalité,
surtout s’il avait le soin de se pourvoir d’une pacotille
de colporteur de peu de valeur. Mais quiconque
ne réunira pas toutes ces conditions fera toujours
mieux d’avouer ce qu’il est réellement.
Je retrouvai à Meched mes anciennes' connaissances,
Agha-Méhémed, le Tadjer-Bachi, et l’agent anglais
Mollah-Mehdi. Ce dernier était furieux contre le
père Wolf, parce qu’il avait publié une lettre dans un
journal d’Orient où il assurait l’avoir converti au
christianisme. «Comment, me disait-il, moi Israélite
« de naissance, fait Musulman par force, pourrais-je
« m’être converti par l’intermédiaire de ce fou ! Ce
« serait m’exposer au ressentiment de la population
« fanatique de cette ville. Puisse la tête de Wolf se
« couvrir de cendres [kha/dsler bè ser-ech) \ Puisse-t-il
« devenir aveugle (kour cheved) pour avoir écrit une
« pareille fausseté !» Je ne le consolai qu’en l’assurant,
sur sa demande, que je ferais passer au père
Wolf une lettre de lui, dans laquelle il le sommaij de
rétracter sa fausse déclaration. Je liai connaissance
par l’intermédiaire de ce brave homme avec le savant
Kazi de Hérat Méhémed-Hassan, qui m’a fourni de si
précieux renseignements sur l’Afghanistan, et avec son
fils, Akhoud-Zadè-Salèh-Méhémed, qui fut mêlé à
peu près à tous les actes de la politique des Anglais
dans cette contrée. Je vis aussi l’envoyé de Khoulm,
Méhémed Hussein-Khan,Kachi, le seul qui, parmi les
personnes présentes dans l a . maison d’Alexandre
Burnes, à Kaboul, eût survécu au massacre que firent
d’elles les Afghans en novembre 1841. Il y avait enfin
Dine-Méhémed-Khan, cousin de Yar-Méhémed-Khan
et réputé pour son éclatante bravoure ; mais sa carrière
politique paraissait finie/quoiqu’il fût jeune encore;
car il était presque aveugle quand je le vis. Je causai
aussi avec plaisir avec Youssouf-Khan,fils de ce fameux
Serdar Kalech-Khan, chef de la tribu des Tahimouris
qui a joué un si grand rôle dans les événements du
Hérat au commencement de ce siècle. Je trouvai
chez lui un origin%al nommé Pellatou, se disant médecin
et originaire du Pégou ; mais rien dans son
physique ne dénotait cette nationalité. Il avait un type
géorgien très-prononcé, parlait facilement le turk et
l’indostani, et se rendait à Bokhara et Kokan. Je l’ai
toujours pris pour un agent secret des Russes. L’Iman
Djumèh, de Meched, fut la dernière personne que
je visitai. C’était un homme instruit et tolérant, fait
très-rare parmi les membres du clergé musulman
de la Perse. Il m’entretint surtout des excentricités
du père Wolf qui avait voulu le convertir.
Le gouverneur général du Khorassan, Assaf-Dooulet,
m’avait reçu avec autant de bienveillance qu’à Nicha-
pour. Un de ses fils, le Salar (général en chef), était
parti depuis quinze jours à la tête des troupes, pour
châtier les habitants de Kélat-Nader et pour leur reprendre
les captifs de Meched, qu’ils avaient fait peu
de temps avant mon arrivée. Assaf me pria d’aller le
rejoindre pour l’aider de mes conseils, car Kélat